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« On a retrouvé le plan B | Accueil | Sept ans de réflexion »

13 juin 2008

Commentaires

Rubin

Protectionnisme, quand tu nous tiens...

Gus

Rubin, vous connaissez je suppose la réplique que vous obtiendriez d'un militant PS, PC ou UMP : "Quoi, tu trouves ça normal qu'on puisse polluer impunément la planète ?" "Quoi, tu trouves normal que dans ce pays où les enfants esclaves bossent 36h/jour..." "Quoi, tu trouves normal que chez tel Usual suspect (Bachar Al-Asaad, Khadafi, Castro, Morales, mais pas Poutine ou Abdullah-al-Saoud, of course) où les droits de l'homme sont soumis à telle morale religieuse/politique/whatever..." ou "Quoi, chez ces gens qui trouvent que nos fromages au lait cru ont plus de listériose que leurs poulets javellisés". Autant dire qu'avec le stock de lieux communs sur les autres dont on raffole en europe (surtout parmi ses défenseurs, d'ailleurs, à l'égard par exemple des critiques de la construction européenne, mais aussi, glosant de l'importance de nommer à la tête de l'europe non pas une, mais deux personnalités pour expliquer comment et quoi penser au reste de la planète et augmenter la capacité d'intervention militaire hors d'europe des états), cette stratégie a beaucoup d'avenir, surtout dans le cadre refondé de Lisbonne.

Rubin

C'est vrai, surtout après le camouflet irlandais. On va vouloir "tout remettre à plat", et comme souvent c'est le libre-échange qui va trinquer en premier.

Gus

La présidence tchèque, qui ne cache pas sa sympathie pour le libéralisme orthodoxe, se tient prête dès le 1er janvier 2009 à promouvoir les "quatre libertés" de l'Union (personnes, marchandises, capitaux, services), à condition, bien entendu, que l'éventuelle ratification de Lisbonne qui était jusqu'alors programmée au 1/1/2009, c'est à dire, à la veille de la présidence tchèque, et les avancées proposées par la France pour le second semestre 2008 ne l'en empêchent pas.

Je ne suis donc pas surpris que le Président tchèque Vaclav Klaus estime que le vote irlandais compromet la ratification du traité par les états qui ne l'ont pas encore ratifié, comme, par exemple, la Tchéquie.

FrédéricLN

J'ignore tout de la portée et de la profondeur de l'intention de notre Président. Mais la justification libérale est évidente. Le commerce international a besoin de concurrence LIBRE ET NON FAUSSEE. Le dumping environnemental fausse la concurrence et doit donc être proscrit, afin de sauver la possibilité de la liberté du commerce.

L'OMC l'a d'ailleurs reconnu, à la demande des Etats-Unis, dans son jugement dit "Shrimp/Turtle" (en lien).

FrédéricLN

Pendant que j'y suis - Publius est un lieu trop sérieux pour permettre des approximations - je précise.

Il y a deux choses différentes dans le sujet "commerce et environnement". La question du dumping en est une, la question des biens globaux en est une autre ; dans les deux cas, il s'agit (d'un point de vue libéral ou OMC) de préserver la possibilité d'un commerce à prix non faussés.

1- Dumping : le dumping consiste à minorer le prix d'un produit donné en masquant certains coûts de revient (qui seront financés ultérieurement, ou sur le prix d'autres produits). L'OMC autorise les Etats à lutter contre le dumping par des taxes antidumping - à condition de bien fonder le calcul de celles-ci.

Par cette logique, un Etat pourrait taxer des importations pour compenser le préjudice que l'exportateur fait subir à son propre capital environnemental, sans le comptabiliser dans ses prix.

2- Biens globaux : c'est aussi classé par l'OMC dans le chapitre dumping, mais c'est autre chose et c'est plus grave. Si un Etat produit en consommant des ressources globales (donc en dévaluant le patrimoine mondial, celui des autres Etats), les importateurs peuvent - et devraient - le taxer pour se rembourser du préjudice subi.

Ainsi, quand les pêcheurs de crevettes (shrimp) thaïlandais utilisent des filets qui mettent en danger une espèce protégée de tortues (turtle), ils dévaluent le capital mondial de biodiversité et font une concurrence déloyale aux éleveurs américains de crevettes (décision OMC du 17 février 2004).

Joseph Stiglitz estime que cette jurisprudence autorise les Etats (signataires de Kyoto) à taxer leur importations de produits (venant de pays non-Kyoto), selon la contribution de ces produits à l'effet de serre. Cela a suscité de nombreuses critiques, mais aucune à ma connaissance ne remet en cause le principe ; si j'ai bien compris les critiques disent essentiellement que pour appliquer une telle taxe antidumping, il faudrait d'abord prouver et chiffrer l'impact favorable du mécanisme de Kyoto sur l'effet de serre - prouver que les Etats non-Kyoto en question se sont effectivement accordés un avantage déloyal en créant un sur-effet de serre.

Vive le commerce libre et la juste comptabilisation du capital environnemental ! ;-)

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