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29 août 2006

Commentaires

Burt Allibert

La mort de M. Lamoureux, c'est un peu le même symbole que la disparition des portraits de M. Delors à Bruxelles. C'est une génération de véritables hommes d'Etat qui s'efface peu à peu dans une indifférence -surtout française- assourdissante.
On attend la relève. Vous la voyez venir, vous, Gus?

Gus

Sans que cela ne retire rien au respect dû au travail de Mr Lamoureux et àà l'homme qu'il fût, je vous avouerais vouer, peut-être imprudemment, un très grand respect, à de jeunes élus suréduqués comme Piia Noora-Kauppi. On est certes à mille lieues du style Delors, mais ce style-là est au moins aussi courageux, infiniment plus sensible à l'opinion et guère moins exigeant au niveau des obejctifs à atteindre. Il est vrai que c'est un style qui ne s'embarasse ni de gants, ni de scrupules, ce qu'on pourra certianement regretter.

Mais à vrai dire, voir les plus-que-sexagénaires continuer à squatter les postes visibles au mépris de toute saine logique de renouvellement des générations m'a toujours plus inquiété que la peur du vide. L'alibi selon lequel nulle relève digne de ce nom ne se présentait m'a toujours semblé empreint d'une très grande subjectivité.

Si vous parliez du paysage français, voire même francophone, je vous avouerais encore une fois me réjouir de ne voir aucun des héritiers de la Vème se mêler des affaires européennes : trop d'inspirations gaullistes, communistes ou chrétiennes bornent de manière probablement désormais inconsciente le champs de réflexion du possible de ceux-ci.

Damien

J'aime beaucoup l'hommage de Barroso et de Barrot alors qu'ils ont tout fait pour mettre au placard celui qui était, jusqu'à leur arrivée, à la tête de la DG Transports ! (voir ce qu'en dit Jean Quatremer sur son blog)

Gus, je crois que François Lamoureux n'avait rien d'un "plus-que-sexagénaire". Ceci dit, belle initiative que de reprendre le cours de la publication ici pour saluer sa mémoire. Il va falloir qu'on s'y remette tous !

Gus

J'accepte bien volontiers cette critique-là, Damien, puisque j'avoue bien volontiers ce choix provocateur, récupérateur et racoleur qui fût le mien : comme d'habitude, en ce qui me concerne.

J'entends d'ailleurs dans la presse un sursaut (dès lundi matin) du cabinet Colonna, preuve selon moi selon laquelle les arguments soulevées par Burt ont obtenu quelque écho, même au sein des plus cyniques fonctionnaires chiraquiens.

Vous avez également raison de souligner le triste usage que fait la France de "son"[*] poste de Commissaire Européen. Mais alors, rendez-moi donc un service : faites un bilan de ces cinq dernières années de chiraquisme en europe, et par exemple, de sa présence au sein des institutions UE.

Même si nous ne trouverions sans doute rien à redire formellement l'un de ce que dit l'autre, je n'ai jamais caché mon intention de faire feu de tout bois, même si cela revenait souvent à une critique frontale de la mémé, tant la matière à se faire était vaste et tant le sujet se laissait instrumentaliser de toutes les manières par tant de gouvernements européens. Or, pour remettre en scène le sujet européen, trois axes sont envisageables :

le premier est celui qui consiste à laisser se dérouler fort naturellement et à très juste titre le débat de fond sur la mondialisation, la libéralisation, l'économie productiviste, la démocratie, formidable et nécessaire débat s'il s'en fût, du moins, dès lors que la mondialisation concerne désormais tout autant les professions intellectuelles que ce qu'on nommait autrefois le prolétariat. L'Europe y est en effet immanquablement présente au détour de la première conjonction de subordination venue, tel l'amant du placard de la chambre de la belle. On peut s'en réjouir ou en pleurer, la chose est aussi inévitable que la rouille sur cette vieille auto pourtant si utile dont on peine à se séparer et qu'on s'habitue à voir encombrer le garage au point d'oublier tout l'espace qu'elle emprunte. D'ailleurs, n'a-t-on pas tant reproché à Pascal Lamy de ne l'avoir jamais caché ?

Le second, nouveauté introduite au cours de la campagne autour du traité Giscard, aura été et pourrait être la critique informée de l'action du mammouth européen. Ne revenons pas là-dessus, nous y étions tous deux avec quelques autres en d'autres temps et nous les y faisions. Si le débat francophone[**] se cantonne à cela, mieux vaut sans doute, Burt, que le moinds de francophones possibles s'intéressent ou soient intéressé à l'avenir des institutions européennes.

Le troisième, qui me semble être la raison d'être de Publius, est de traiter de ce qui aurait pu être avec ce qui regrettent ce qui est. Ceci ne pouvait être sans en passer par la seconde étape, "inventaire" nullement restreint rendu nécessaire par la difficulté à s'autocritiquer, voire même à évaluer, s'évaluer, faire évaluer de cette génération des Delors, Lamy, et al. , fondement, selon moi, de tout possible débat à venir sur des hypothèses, débat qui n'aurait sû s'établir sur le flou et les tromperies entretenues depuis tant d'années. Après tout, n'était-il pas surréaliste de compter parmi les pro-européens les plus convaincus et convaincants de très honorables politiciens déclarant : "J'ai été contre Maastricht, je le suis toujours, mais je suis pour cette europe là, car c'est toujours un peu mieux sur tous points que ce que nous avons déjà ?"

Je n'ai pas davantage caché tout le dégoût que m'inspirait le Delorisme, ces brillantes et complexes idées reposant sur l'assertion absolument illusoire selon laquelle les gouvernements européens sauraient toujours unaniment (ou même à la majorité qualifiée) se refuser à instrumentaliser l'europe à leurs propres fins de politique intérieure, et, plus irréaliste encore, faire fi de leurs calendriers électoraux respectifs, évidemment désynchronisés : en un mot, cette idée selon laquelle ne tiendraient jamais de hauts postes à la Commission Européenne que les fans de Delors d'une part, et que les entourloupes technocratiques visant à rendre plus efficients les processus de décisions tromperaient longtemps une population européenne de taille sans cesse croissante, toujours plus interconnectée et consciente d'elle-même, au sujet de laquelle tout le monde s'accorde sur la nécessité de promouvoir son éducation, sa capacité d'analyse, sa connaissance du monde, des choses, et donc, des institutions.

En d'autres termes, que l'europe est une chose bien trop sérieuse pour la laisser aux mains des élus ou à ceux leurs servants que sont les grands commis d'état, qui ont tant de mal à concevoir une europe qui se dispense d'eux, et s'accomodent d'ailleurs fort bien d'élus suffisamment médiocres pour leur laisser les coudées franches. Et qu'à supposer même que cette machoire-là du piège soit plus friable que je ne le prétende, cette enclume qu'est la tentation d'une démocratie nationale trop représentative, opérationnelle aux premiers temps du gaullisme (du temps où seuls 10% des citoyens allaient au collège), est désormais un piège mortel, comme le montra le succès des (brillantes et si justes) thèses d'Etienne Chouard.

à voir, donc...

[*] en terminologie chiraquienne.
[**] Daignons être lucides : tous les débats européens ont lieu à la fois dans toutes les langues : ne prétendons donc pas qu'en matière européenne à cet instant, ce qui se dit en telle langue est entendu par telle population qui n'entend pas cette langue.

laurence

"brillantes et si justes thèses d'Etienne Chouard..."

Très drôle...Merci de nous faire rire.

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