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04 mai 2005

Commentaires

Bladsurb

Il y a clairement en France une "sacralisation" de la Constitution Française. Celle-ci étant implicitement celle de la Révolution Française, en oubliant les suivantes, et en oubliant par exemple que la constitution de la 5ème république n'a pas été écrite par une Constituante, mais par Debré aidé de quelques personnes.
Est lié je crois à cette première Constitution le caractère tout aussi sacré de la Déclaration des Droits de l'Homme. Ces deux textes sont quelque peu confondus dans l'imaginaire français, et représentent le summum du thème "La France éclairant le Monde de sa Sagesse".
D'où une certaine crispation ...

Eviv Bulgroz

@Bladsurp

Bien vu, je n'avais pas compris les choses ainsi, mais bien vu..

Egalement l'impression assez française qu'un texte fabrique du réel (on ^pond beaucoup de lois, un peu sur tout, non)...

sacados

C'est vraiment très marrant ce débat sur l'aspect Traité/Constitution : Oui, il y a le fait que dans ce texte, il y a un gros paquet d'articles qui ne sont pas du niveau constitutionnel. Et c'est d'ailleurs contre ça que s'insurge pas mal de monde.

Mais pour le reste, c'est du français (ou tout autre langue) : Traité établissant la Constitution pour l'Europe.
Le traité est approuvé => la Constitution est établie.
Point. Quand on a eu le Traité établissant l'Union Européenne ou la CECA, on a établit une Union Européenne et une CECA qui existent indépendamment du Traité qui les a établi. Pourquoi pas dans ce cas ?

Le titre est explicite, non ? Oubliez le droit et faites de l'analyse grammaticale, syntaxique et sémantique. Ou sinon, je ne sais plus lire :)

Ensuite, toujours au niveau du français : Article 1
Il y a bien marqué "la présente Constitution bla bla bla" ? Et pas "le présent Traité ..." ? Et c'est indiqué dans pas mal d'autres articles également.

Pour une fois que le texte a le mérite d'être clair, vous nous sortez des tas de baratins très argumentés, mais qui sont en contradiction totale avec le contenu du texte : "LA PRESENTE CONSTITUTION"

On dirait que ça vous fait peur d'avoir une Constitution ?

L'Europe peut avoir une monnaie (comme un état), un parlement (comme un état), un drapeau et un hymne (comme un état), une administration (comme un état), une justice (comme un état), des frontières (comme un état), une personnalité juridique (comme un état), des lois (comme un état), des représentations diplomatiques (comme un état) etc etc mais pas de Constitution parce que ça ne correspond pas à la définition du Larousse !!!
C'est de l'humour ?

Emmanuel

@Pikipoki : je le répète, vous êtes (et je suis aussi quand je ne me contrôle pas) complètement aveuglé par une fixation sur notre conception franco-américaine de la "constitution" cf la constitution indienne. "Constitution" est un terme juridique générique, qui ne se résume au modèle de la Constitution de 1958 ou celui de la Constitution américaine de 1787.

Sur VGE qui veut rentre dans l'histoire : ce n'est pas seulement Giscard qui voulait le terme "constitution". Mais tous les fédéralistes, les sociaux-démocrates, les Verts, les Allemands (cf Fischer) et les Français. D'ailleurs le terme "constitution" était déjà dans la déclaration de Laeken :

"Se pose enfin la question de savoir si cette simplification et ce réaménagement ne devraient pas conduire à terme à l'adoption d'un texte constitutionnel. Quels devraient être les éléments essentiels d'une telle Constitution? Les valeurs auxquelles l'Union est attachée, les droits fondamentaux et les devoirs des citoyens, les relations des États membres dans l'Union?"
http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/offtext/doc151201_fr.htm

pikipoki

> Sacados

Il me semble que vous vous méprenez sur mes remarques. je n'ai jamais dit que j'avais peur d'avoir une Constitution, et d'ailleurs, je trouve en fait que c'est une bonne idée. Je fais simplement remarqué que pour avoir une Constitution, il faut écrire un texte qui réponde à ce qu'est une Constitution. Vous me faites remarquer que le texte se dit être une Constituion à plusieurs reprises. Oui c'est vrai, c'est bien ce que je dis quand j'écris que le TECE prétend être une Constitution. Mais si demain j'écris un livre sur les recettes de tarte au pommes et que je dis que c'est en fait un essai philosophique sur le surmoi, les gens auront raison de me trouver un peu ridicule (je fais exprès de forcer le trait pour éclaircir mon propos. Je reconnais absolument les éléments proprement constitutionnels du TECE que sont l'organisation des institutions, les règles législatives fondamentales, etc.) Simplement le fait de relever ce qu'est la définition du mot Constitution permet de s'apercevoir clairement que les éléments économiques qui figurent dans le TECE n'ont pas leur place dans une Constitution. Emmanuel m'a rejoint sur ce point dans un commentaire plus haut "Est-ce que le TECE ressemble pourtant pleinement à une constitution ou, en tout cas, à l'idée que nous nous faisons d'une constitution (allez feuilleter la constitution indienne, ça va vous faire un choc...)? Evidemment non. A cause de nombre de dipositions qui, nous en sommes bien d'accord, n'ont rien à faire dans une "constitution" telle que vous et moi la concevons"

> Emmanuel

Je voudrais vous assurer que je ne m'aveugle pas du tout sur cette question de définition de Constitution. Je cherche simplement à être précis sur l'analyse des termes pour ne pas générer de confusion sur leur analyse. Et c'est vrai que je prends comme référence la définition française d'une Constitution car si je devais prendre en compte les définitions de tous les pays étrangers, ma foi je ne m'en sortirai pas. (Ceci étant votre information concernant la Constitution indienne est intéressante et je compte la lire). Je crois en fait qu'on se rejoins bien sur le statut hybride du TECE, et la question me semble plus claire vue comme cela.

Jejecru82

@ jmo
"Et pour répondre à l'absence de projet alternatif et au désaccord potentiel des partisans du non, je pense qu'il est facile de rassembler une majorité sur un projet constitutionnel tel qu'il doit être :
"Loi fondamentale, ensemble des lois fondamentales qui, dans un pays, règle l'organisation et rapports de pouvoirs publics et, éventuellement, détermine les principes qui régissent les relations des gouvernants et des gouvernés." (Grand usuel Larousse)

Je suis fondamentalement démocrate et européen, et pour moi, une constitution est un texte solennel qui ne doit pas servir de fourre tout. Je suis prêt, pour faire avancer l'Europe - et elle en a besoin - à voter oui à tout projet constitutionnel démocratique qui obéisse et se limite à la définition ci-dessus."

Je suis tout a fait d'accord que le TCE n'est une constitution comme ecrit dans le larousse, cependant tu ne peux pas voter non et etre europeen... Combien d'annee nous separe du debut officiel de l'Europe du traite de Rome? Combien d'annee avons nous perdu a se demander si on se lancait ou pas, si on voulait creer une unite ou pas?...Voter non, c'est ACCEPTER de prendre le risque de patienter encore et en tant qu'europeen croyez vous face au contexte economique et diplomatique actuel qu'il est raisonnable de patienter? Le TCE a mis tout ce temps pour etre pondu et je ne vois pas commment on pourrait en refaire un rapidement!

Jejecru82

Maintenat pour moi, le texte et un paquet contenant une constitution et un ensemble de lois. La constitution me parait bonne, quant aux lois c'est leur application qui nous montrerons si c'est le cas. Si c'est pas le cas, il suffira de faire des amendements, c'est une notion nouvelle ca!!! Combien de loi en France ont des amendements? Je voterai oui parce que je pense que la constitution est ESSENTIELLE et pas dans 10, 20 ou 30 ans : MAINTENANT. L'europe doit etre coherente et credible aux yeux du monde, et doit pouvoir se defendre (cf. textile). De toute facon, la situation economique de la France est aussi difficile que la situation mondiale, l'europe ne peut qu'apporter une stabilite!!!!

Eviv Bulgroz

Mais pourquoi se défendre du textile chinois ? CF l'ONG oxfam. Vous voulez qu'ils restent pauvres (les chinois) ?

Pensez vous vraiment qu'on soit en capacité de barrer le textile chinois (dsl il ya du copier/cller de je ne sais plus où, mais aussi de moi...). Le protectionnisme n'est-il pas, cependant, un moyen de sauver les emplois Européen? Non sur le moyen et le long terme :
-Les taxes sur les importations sont des taxes sur les exportations (car pour vendre quelque chose à l'étranger, il faut bien que celui-ci paie d'une façon ou d'une).
-Protéger des secteurs menacés par la concurrence étrangère conduit en général à favoriser, pour un coût prohibitif, des emplois mal payés et peu productifs aux dépens du reste de l'emploi. La France a la réputation d'avoir une politique particulièrement "sectorielle" sans vision globale.

Oui mais les « délocalisations » ? Les délocalisations n’expliquent pas le chomage français : il s’agit déjà de faire la part avec déinstrualisation, progrès technologique etc. On estime que les délocalisations pésent pour environ 5 à 10% de la totalité du chômage. Alors ce n’est en aucun cas une façon de nier les drames humains, sociaux et "territoriaux" qu’il y a derrière. Même si on ne représente que 5% du chomage, quand ça vous tombe sur votre gueule on a du mal à relativiser. Mais est ce que l'argent qu'on PERD à protéger des secteirs où nous ne sommes PAS compétitif ne serait pas mieux utiliser ailleurs ? Un état peut êtrefort et social dans ce cadre :
- protéger un secteur si considéré comme clef (mais pas TOUS les secteurs sinon "faillite" de l'état et plus de social, hein...)
- « reclasser », reformer, aider les travailleurs en difficulté. Et là il y a du boulot.
- anticiper d’intelligentes politiques économiques apte à valoriser nos « avantages compétitifs » au niveau national, mais également au niveau régional.
- permettre une redistribution harmonieuse des richesses.

De plus faire attention à certains vocables, hein, ils permettent au MEDEF de faire progresser certaines idées hors de propos au vu des enjeux. Car il va falloir sacrément réduire les salaires et augmenter considérablement les droits de douanes pour redevenir compétitif dans certains secteurs. Qui peut croire qu'on va sauver durablement un emploi par cette voie ? En d’autres termes la mondialisation, pas plus que notre couverture sociale, n’est responsable de tous les malheurs de notre beau pays.

Jejecru82

@ E Bulgroz
Je suis, en grande partie, d'accord avec vous. Quand je parle du textile, je cite un exemple de secteur en crise en europe, je ne parle a aucun moment de protectionnisme... Par contre, je trouve anormal, comme vous le savez surement, qu'une partie des contrefacons sont... chinoises. Que peut dire la France? On achete plus de textile si vous ne limiter pas ces contrefacons? pas tres credible. Le role de l'europe, c'est aussi d'avoir un poids pour proteger ses membres de concurrences deloyale car je parle bien la de concurrence deloyale...
"Vous voulez qu'ils restent pauvres (les chinois) ?" Croyez vous sincerement que les fruits de l'economie textile vont dans les poches des salaries?... j'en doute, la Chine est loin d'etre un exemple de democratie et de droit!!!

pikipoki

Pourquoi voter non ce n’est pas dire oui à Nice.

D’un point de vue pratique, force est de reconnaître que oui, voter non au TCE c’est revenir au traité de Nice. Le lendemain d’un éventuel non ce serait bien ce traité qui resterait en vigueur puisque non abrogé. C’est indéniable.

Cependant, il y a deux bémols à cette vision des choses.

Avant d’indiquer ces deux bémols de fond, je remarque que l’essentiel de la classe politique aujourd’hui en faveur du TECE et qui semble horrifiée d’un retour à Nice est pourtant celle qui l’a signé hier. Si ce texte était si mauvais, pourquoi l’ont-ils signé ?

J’en viens maintenant au fond.
1. Tout d’abord, un non au TECE n’est pas un retour à Nice ad vitam aeternam. La construction européenne nous présente un nouveau traité environ tous les 4/5 ans. Un non à Nice s’inscrirait dans cette logique, sauf peut-être si l’on n’envisageait pas qu’un nouveau traité soit autre chose qu’une Constitution (ce qui à mon avis est en fait souhaitable). On voit ici la limite de ce premier argument. Le retour à Nice ne serait pas ad vitam aeternam, mais il faut envisager qu’il soit plus long que 4 ou 5 ans. Voire beaucoup plus long dans le cas de la réécriture d’une Constitution. Il faut être honnête sur ce point : il faudrait certainement beaucoup de temps pour réécrire un texte de cette ampleur. Ca me semble indéniable. Parce qu’il faudrait remettre tous les sujets sur le métier, et pas seulement celui qu’untel ou unetelle souhaite renégocier. Mais cette longueur de temps doit-elle pour autant brimer les aspirations, légitimes je crois, qu’ont certains de construire l’Europe sur de meilleures bases que celles proposées par le TECE. La question se pose. A mon sens il n’est pas nécessaire de pouvoir préparer quelque chose de nouveau sous peu de temps pour avoir une démarche crédible si le projet que l’on présente mérite qu’on se batte pour lui. Disons que ce n’est pas seulement une question de temps. L’ampleur de l’éventuel contre-projet doit aussi être prise en compte.

2. Mais le plus important à mon sens c’est que dire non au TECE, ce n’est pas dire oui à Nice par projet. Ca me semble une évidence. Si nos dirigeants politiques prétendaient croire cela, ils seraient soit stupides soit menteurs. Il me semble qu’il se dégage au contraire une majorité très forte de gens qui déclarent aujourd’hui qu’ils ne veulent pas de Nice (on pourrait « imaginer » un référendum sur ce traité, je pense que le non serait gagnant avec une bonne marge). Alors l’argument prétendument de raison voudrait que, si l’on considère le TECE comme meilleur que Nice (je précise que c’est mon cas - sans même avoir lu Nice ! - simplement parce que je crois bon d’enfin inclure clairement les valeurs de l’Europe et de fixer l’organisation politique dans un nouveau texte), il faut voter oui au TECE. Pas d’accord.

Il y a à mon sens deux très bonnes raisons de voter non au TECE, même si l’on considère qu’il est meilleur que Nice. Pour faire très court, il ne suffit pas qu’on l’estime meilleur que Nice pour l’approuver, il faut qu’on le trouve bon.
Les deux arguments les plus légitimes contre le TECE sont à mon sens l’argument économique : suis-je satisfait des choix économiques faits pour l’Europe jusqu’à présent ? Et l’argument démocratique : considérais-je que l’organisation démocratique qui découlera de l’application du TECE est satisfaisante ? J’évacue les arguments de repli sur soi qui me semble beaucoup trop stériles.

A. L’argument économique : pour introduire ce point je renvoie par exemple au post de François ci-dessus, qui avec un bac +5 se retrouve agent de surveillance. Et il y en a bien d’autres qui comme lui doivent se sentir plus que délaissés par les choix économiques qui sont fait depuis longtemps. La première faiblesse de cet argument c’est que la situation économique d’un état européen appartenant à l’UE est à la fois la conséquence de ses politiques nationales que des choix effectués au niveau européen. Et je suis d’ailleurs très d’accord avec les arguments du oui qui indiquent qu’on ne peut pas tout reprocher à l’Europe quand il s’agit de pointer les mauvais résultats en terme de chômage, de progrès social, etc. Les politiques nationales jouent forcément un rôle important. Mais on reconnaîtra aussi qu’il est bien difficile aujourd’hui de démêler ce qui dans notre vie quotidienne est directement du ressort de l’Europe ou de notre gouvernement seul. Dans la mesure où les politiques proposées par le TECE convergent avec celles qui dans son propre pays mènent à de mauvais résultats, il est assez logique de les lier. Et si quelqu’un estime que c’est la politique libérale de son pays (il le juge à tort ou à raison) qui le mène à une situation dégradée, alors il est normal qu’il refuse une politique qu’il jugera libérale venant de l’Europe. Il est vrai qu’il y a bien des simplifications qui sont faites sur la politique économique, et le terme libéralisme (ou ses adjoints que sont l’ultralibéralisme ou le néolibéralisme) sert un peu à toutes les sauces, embrouillant certains messages. Il suffit pour certains de prononcer ces mots pour que tout soit dit. C’est pour moi un déni de réflexion.
Mais il faut bien comprendre toutefois qu’on parle d’hommes et de femmes, de leurs aspirations, de leur vie quotidienne, de leur droit à vivre dignement, etc. Il y a en France près de 10 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté ( !), dont 1 million d’enfants, et même deux millions si l’on prend en compte les critères du seuil de pauvreté européen. (voir l’article de ce lien :
http://www.webzinemaker.com/admi/m16/page.php3?num_web=17060&rubr=4&id=170367)
Comment peut-on attendre de ces gens une approbation de ce qui est fait aujourd’hui ? Je vais prendre une image pour illustrer mon propos : pour parler populairement, ces gens sont dans la m…. ils ont le pieds dans une bouze taille extra large. Et grosso modo ils s’entendent dire que s’ils sont intelligents ils doivent dire oui au TECE pour ne plus marcher que dans de la crotte de chien plus fine. Il paraît que ça sentira moins mauvais. Mettons-nous quelques instants à leur place. Ce serait comme dire : « en fait j’aime marcher dedans, vous pouvez continuez ». Ce serait pour eux comme approuver ce qui les rend malheureux. Qui peut prétendre que ce serait « raisonnable » ? Dire non aujourd’hui au TECE c’est leur chance de s’opposer à ce que l’Europe propose depuis de nombreuses années et qu’ils voient appliqué sans succès pour eux. Et c’est leur première occasion depuis bien longtemps de dire qu’ils ne veulent pas que l’Europe prennent cette voie là. Je gage que nombre d’entre eux auraient bien aimé pouvoir réagir avant et qu’ils l’auraient fait si on leur en avait donné l’occasion. Mais le dernier référendum sur la Construction européenne n’a eu lieu qu’il y a 13 ans.
En fait la plus grande faiblesse de l’argument économique est la notion de compromis sur les politiques économiques qu’il a bien fallu trouver entre tous les rédacteurs. Il est bien évident qu’on ne peut pas imposer aux autres pays notre vision de ce que devrait être la politique économique. C’est typiquement un domaine dans lequel on est contraint de faire des compromis si l’on veut trouver une solution commune. Mais que les gens qui se sentent laissés pour compte votent non me semble plein de sens pour eux.

B. Le deuxième argument est l’argument de la démocratie. L’organisation des institutions que propose le TECE est-elle démocratique ? Offre-t-elle les garanties que l’on souhaite pour que le fonctionnement de l’Europe soit le reflet de la volonté des peuples de ses états membres ? C’est à cet argument que je me rallie le plus personnellement, ayant la chance d’avoir une situation professionnelle satisfaisante.
Plusieurs points ne me conviennent pas dans le TECE :
1. Le fait que la Commission, organe exécutif de l’Union, conserve l’initiative des lois, alors que ça devrait être dévolu à l’organe législatif en vertu du principe de séparation des pouvoirs. Ce qui me dérange aussi sur ce point c’est que l’initiative des lois viennent d’un organe non élu et qui a, de fait, une légitimité démocratique amoindrie (même si on ne peut évidemment pas prétendre que ses membres sont des tyrans simplement parce qu’ils ne sont pas élus). L’initiative des lois doit revenir au Parlement. Pour moi c’est un principe de base.
2. Ensuite il y a des domaines législatifs où le Parlement ne semble que consulté, et où le Conseil des ministres légifère apparemment tout seul (art I 34) : Le conseil peut adopter une loi européenne avec une simple « participation » du Parlement. Le contraire est possible aussi (le Parlement adopte et le Conseil participe), mais attention, le Conseil n’est pas élu, c’est donc acceptable dans ce sens. En revanche il est anormal que le Parlement puisse être exclu de l’adoption de certaines lois. D’autant que c’est sur des domaines importants : je renvoie sur ce point au texte d’Etienne Chouard qui me semble fiable sur ces points puisqu’il cite les articles du TECE y relatifs – chacun peut vérifier. S’ajoute à cela les actes non législatifs (art. I 35) où le Parlement n’intervient jamais. Seul le Conseil et la Commission sont parties prenantes sur ces points. Que sont exactement ces actes non législatifs ? Je ne sais pas et j’aimerais mieux comprendre. Existe-t-il quelque chose de similaire en France ? Un autre défaut aussi : le Conseil est la deuxième partie de l’organe législatif. Certains commentateurs, notamment Bastien François dans sa réponse à Chouard (postée notamment sur le site de DSK) présente le Conseil comme l’équivalent à l’échelon européen du Sénat en France. Il y a pourtant une différence de taille : le Conseil n’est pas élu. En France le Sénat est élu, certes indirectement, mais il est élu. Et c’est avec cette légitimité d’un organe élu qu’il peut « raisonnablement » agir en tant que législateur.
Enfin il y a un dernier point, mais qui n’est pas du fait du TECE. Pour que l’Union Européenne puisse réellement se prétendre d’un fonctionnement démocratique, il me semble indispensable que l’on développe une vraie culture européenne auprès des citoyens. Il y a à mon sens un déficit important (du moins en France) de communication sur ce que fait l’Europe, sur ce qu’elle propose et qui est susceptible d’influencer notre vie quotidienne. Depuis le début de la campagne du référendum on en entend plus parler, essentiellement par les partisans du oui. Mais pourquoi n’en n’avons-nous que si peu entendu parler avant ? Et il y a aussi un déficit concernant le développement d’un esprit européen (qui explique que certains votent sur des problématiques nationales), qui passe par la culture, par plus de programmes d’échanges, par des initiatives d’implications des citoyens dans les débats, etc. Il y a un retard sur ce point qui est regrettable et qui affaiblit la notion de démocratie européenne. Car les peuples se sentent moins concernés par ce qui se fait, et des peuples peu concernés par leur démocratie ce n’est jamais bon.
Sur cet argument de l’organisation démocratique de l’UE, je ne vois pas de faiblesse venant de la notion de compromis. Car si j’établis mes critères suivant un modèle français, il n’en reste pas moins que la représentation du peuple est le fondement même de la démocratie, qu’elle soit française, allemande, espagnole, lettonne ou Slovaque. Je crois que si un référendum d’étendue européenne avait lieu sur ce point précis il serait largement approuvé, ou alors les peuples sont fous et veulent une oligarchie.

Je conclue par une dernière remarque : aujourd’hui je me sens cerné. Le TECE ne me convient pas en l’état. Je ne me satisferais pas qu’on ôte la partie III pour ma part car là n’est pour moi pas vraiment le problème (même s’il est pour moi acquis qu’elle n’a pas sa place dans une Constitution – voir sur ce point un échange récent avec Emmanuel sur ce même billet). Il y a des ponts que je ne parviens pas à faire passer, même en me disant qu’on pourra un jour revenir sur le TECE et l’améliorer (on le pourra sans doute, mais attention, ce texte étant plus qu’un simple traité, on sera certainement moins enclins à le modifier). Mais d’un autre côté, il apporte des éléments que j’espérais depuis longtemps et que je voudrais pouvoir valider : l’inclusion des valeurs humaines de l’Union (garantes de progrès significatifs et obligeant les nouveaux entrants à se conformer à ces valeurs ce qui n’est pas rien !), la clarification de la structure politique de l’Union, les progrès faits pour une meilleure lisibilité du message européen sur la scène internationale notamment avec le poste de Ministre européen des affaires étrangères, etc. J’ai l’impression que si je dis non demain, tout ça ne reviendra que dans trop longtemps. En résumé, je trouve que le TECE qui nous est proposé est une occasion manquée, un gâchis. Un texte que j’attendais et qui me déçoit parce qu’il ne répond pas de façon satisfaisante au plus important.

C’est un commentaire très long et je m’en excuse, j’ai mis longtemps pour parvenir à trier mes arguments et à structurer ce texte. J’espère avoir été précis et clair dans mes idées ?

Jejecru82

@ pikipoki

Des fois c'est bien de faire long... il est difficile de tout dire en 2 lignes.. Je suis d'accord sur certain point comme : "Mais d’un autre côté, il apporte des éléments que j’espérais depuis longtemps et que je voudrais pouvoir valider : l’inclusion des valeurs humaines de l’Union (garantes de progrès significatifs et obligeant les nouveaux entrants à se conformer à ces valeurs ce qui n’est pas rien !), la clarification de la structure politique de l’Union, les progrès faits pour une meilleure lisibilité du message européen sur la scène internationale notamment avec le poste de Ministre européen des affaires étrangères, etc."
C'est une des raisons qui explique que pour moi c'est oui!!! Par contre, je pense que c'est un devoir en tant que citoyen de discerner les differences de responsabilites face aux problemes actuels. L'europe est une entreprise ambitieuse qui a besoin de temps... Elle nous a deja apporte enormement : euro, pac... Le TCE n'est pas parfait mais il est difficile de faire un texte qui fait l'unanimite dans les 25 etats, celui ci a l'avantage d'etre issu de longues negociations alors acceptons le et battons nous ensuite pour l'arranger!!!

pikipoki

@ Jejecru

Nous nous rejoignons sur le paragraphe que tu as cité de mon commentaire. Pour moi c'est un élément très important. On en parle d'ailleurs assez peu dans le débat et c'est peut-être dommage.

Jejecru82

@ pikipoki

Oui en effet, comme je l'ai souvent dit c'est que les gens sont pessimistes... On entend toujours : "c'est un mauvais texte parce qu'il est grave dans le marbre(faux), il donne des politiques economiques communes et liberales..." mais jamais "C'est bien de parler de valeurs comme les droit de l'homme, les droits sociaux dans une constitution, quel avantage de pouvoir donner un representant a l'europe..." Ainsi, si on en parle pas, des 2 cotes du reste, c'est qu'on prefere parler des choses qui ne vont pas pour les nonistes ou les menaces du vote non pour les ouistes!!! Alors que ces notions sont quand meme un sacre argument!
De mon cote, je me veux etre optimiste car a trop regarder en bas, on va droit dans le mur!!!

break

Tiens, Delors dit qu'il peuty avoir un plan B. Quand je pense à tout le mal que ce sont donnés les autres pour nous expliquer qu'il n'y a pas de solution de rechange, c'est à vous dégouter de jouer avec les peurs irrationnelles.

Bladsurb

Sur Delors, il faudrait citer un peu plus :
"Chaque fois qu'un pays, même petit, a dit non, il a proposé des aménagements. Quelles seront, sur ce point, les positions de la France ? L'embarras serait grand."

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-631760,36-648846@51-633953,0.html

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