05 février 2008

Super lundi

Combien faut-il de parlementaires pour changer une ampoule électrique ? 908, précisément...

Ampoule_2 Les Irlandais, oui, les Irlandais dont j'évoquais hier la fascinante métamorphose, sont désormais l'ultime espoir du nonisme. Les principaux bénéficiaires de la manne européenne, ceux dont la prospérité sans précédent doit autant au fonds de cohésion qu'à la révélation de leur propre dynamisme, s'ils décident de sanctionner leur Taoiseach pour quelque obscure raison de politique intérieure, ont la capacité de faire capoter le fameux plan B...

On imagine que, du côté des principaux bénéficiaires de la PAC, on croise les doigts avec angoisse. Yes, no... Who knows... A l’heure actuelle, 66% de nos cousins celtes réservent leur position. Il faut dire qu’ils sont 68% à ne même pas savoir sur quoi il leur faudra se prononcer de manière aussi binaire lors du référendum sur le traité de Lisbonne. Hum, ça me rappelle quelque chose.

Mais la constitution locale est formelle : le vote populaire s’impose à toute ratification de traité international. Dans les 26 autres pays que compte l’Union, c’est aux élus qu’il reviendra de décider de l’avenir du continent. Autant parler de 26 dictatures, quoi...

N’empêche, paroxysme de l’aliénation bourgeoise qui fait prendre la vessie parlementaire pour une lanterne démocratique, je me félicite de ce que mon propre pays ne soit plus, depuis hier, le plus arrogant des idiots du village. Je veux bien tenir compte de toutes les objections qu'on voudra me soumettre ― du « parallélisme des formes » à la fiction d’un traité « simplifié » remplaçant son pendant « constitutionnel » ―, mais ma bottom line reste la suivante : je suis favorable à la poursuite de l’intégration européenne ; le traité de Lisbonne est un nouveau pas dans la bonne direction ; le vote de nos députés et sénateurs est l’expression naturelle et incontestable de la démocratie ; un référendum « national » sur une question pareille n’a aucun sens.

Et bravo aux 32 élus PS restés fidèles à cette logique.

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PS : Ce billet ne devait pas se retrouver ici, mais il serait vraiment dommage de ne pas voir quelqu'un se réjouir (oui, se réjouir) de la journée d'hier sur Publius.

23 janvier 2008

Geremek, un meilleur candidat que Blair

Bernard Guetta dans un Rebonds paru dans Libération le 22 janvier, peignait le profil qui lui semble devoir être le plus approprié pour la fonction de président du Conseil européen que crée le nouveau traité de Lisbonne, lequel doit entrer en vigueur le 1er janvier 2009.

Récusant la candidature d'un Tony Blair, il écrit :

"Il faut un autre candidat à la France, sans doute d’un petit pays, mieux encore d’un pays de l’Est - un Bronislaw Geremek, par exemple, grande figure de Solidarité, polyglotte, aussi apprécié à droite qu’à gauche, à Londres qu’à Paris et Berlin."

L'hypothèse de voir l'ancien premier ministre britannique désigné pour inaugurer cette fonction est apparue dans le débat suite à l'intervention de ce dernier lors d'un meeting de l'UMP. Elle a suscité une levée de bouclier de nombreuses personnalités, à commencer par Giscard et Balladur. Heureusement que Thomas était là pour jouer l'avocat du diable. L'argumentation de Thomas est cohérente : ne partageant pas la vision de l'Europe de Papa des Monnet-Schuman, il souhaite naturellement voir la nouvelle fonction consacrée par le choix d'une personnalité reconnue sur la scène internationale.

Toutefois il faut revenir avant de se poser la question du choix du dit président sur le contenu de la fonction.

Il ne s'agit pas de désigner un "président de l'Europe" comme on désignerait un président des États-Unis ni même plus modestement un président de la République française. Loin de là.

Plus modestement le président du Conseil européen va se substituer à la présidence tournante actuelle, même si ce système va se poursuivre pour le Conseil (dit Conseil des ministres). Voilà qui est moins bling-bling.

Si le contenu exact du poste sera en partie fixé par la pratique il est plus probale qu'ils soit avant tout un médiateur entre les Vingt-sept, qui prépare les réunions, passe la parole, facilite les compromis, qu'un leader. Du point de vue international il pourra assurer le suivi des dossiers sans doute mieux que le système bancal de la troika (l'ancien, le nouveau et le président actuel) mais on ne devra pas s'attendre à ce que le tapis rouge soit déroulé popur un président sans pouvoirs.

En outre il aura à s'imposer pour exister face au président de la Commission, investit et contrôle par le plus puissant qu'on ne croit Parlement européen fraichement élu, et face au nouveau ministre-des-affaires-etrangères-qui-ne-doit-pas-être-nommé-ainsi.

En réalité le profil dépeint par Bernard Guetta semble clairement plus approprié à la réalité de la fonction. Dominique Reynié souligne ses qualités :

"Ancien militant syndical et politique, ex-médiéviste de grande réputation, polyglotte, excellent ministre polonais des Affaires étrangères, député européen, homme politique expérimenté, modéré, capable de favoriser le consensus."

Un profil plus clinquant tel un Tony Blair est susceptible de tromper l'opinion quant à la nature de cette vraie-fausse présidence, sans compter son caractère polémique, pour de bonnes et de mauvaises raisons, peu importe.

Les europeistes ancienne école comme VGE auront tendance à définir une série de critères restrictifs (pays membre de l'euro, n'ayant pas voté non, etc.) qui au final laisseront le choix entre un Belge (et donc un flamand) ou un Luxembourgeois. Ces pays comptent des personnalités européennes de valeurs mais n'oublions pas qu'il faut aussi en 2009 que l'Union se trouve un président de la Commission européenne.

Pour ces raisons, je pense  moi aussi que Bronislaw Geremek ferait un excellent président du Conseil européen.

Et vous, qui verriez-vous occuper cette fonction ?

18 décembre 2007

Le déficit démocratique européen et le traité de Lisbonne

Sébastien de "ça réagit" se fend d'un billet sur le Traité de Lisbonne. Il revient sur la construction de l'UE, ce modèle libéral qui tente avec son marché intérieur de pousser un modèle d'économie sociale de marché. Après son rapide historique et son rapide inventaire des avancées, il en vient au débat.

C'est bien le problème. Le débat, ce n'est pas les avancées du texte, mais uniquement son mode de ratification. J'en veux beaucoup à Sébastien d'intégrer de suite l'idée que "de toutes façons le fond est trop complexe pour qu'on en parle". Le fond n'est pas complexe. Qui sait lire la Constitution Française sait lire un traité des Communautés Européennes (attention, je ne parle pas du traité sur l'Union Européenne, qui comporte toutes les politiques prévues dans les 3 piliers, mais bien du traité sur les dispositions institutionnelles).

Alors certes, les parties 1 et 2 du TCE étaient plus faciles à lire. Mais bon, on n'est pas là pour parler de ça. Le problème du débat actuel en France sur l'adoption du traité est profond et trouve ses racines dans les ruines du Mur de Berlin (approximativement). Je vais essayer de faire court.

En 1986, l'Acte Unique européen décide de l'achèvement du marché intérieur: l'objectif est double, d'abord achever un objectif posé dès 1957, pour ensuite commencer une intégration politique; Avec l'euro, et avec une démocratisation de l'Europe, timidement amorcée avec l'élection au suffrage universel des députés européens en 1979. Le problème c'est que cette volonté de démocratisation va être mise en branle en plein bouleversement international, en plein changement de paradigme des citoyens de l'Europe entière, et en plein chamboulement de l'organisation de l'UE conséquente.

Entre 1989 et 1995, l'Europe se tape la fin de son alter-ego de l'ombre, le Bloc Communiste de l'est. Elle se prend aussi en pleine face l'instabilité à ses frontières, les guerres d'indépendance de la Slovénie, de la Croatie, et de la Bosnie. Elle doit gérer les difficultés financières de l'Allemagne, qui accueille dans un élargissement qui n'en est pas un la RDA en 1990, alors qu'on prépare l'euro. Elle doit préparer un élargissement à des pays pauvres, qui vont immaquablement bouleverser le quotidien des 15 "riches".

Ainsi, tandis que l'UE s'apprêtait à organiser doucement une démocratisation pour en finir avec "l'ambiguïté constructive" qui a fait son succès sans les peuples jusqu'alors, elle se retrouve face à la fin du consensus permissif: les citoyens demandent une démocratisation, et comme tout ce qui relève de l'expression des citoyens, ils demandent à ce que cette démocratisation soit rapide.

Plus facile à dire qu'à faire, d'autant que les hommes politiques nationaux ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche pour expliquer les enjeux et politiques de l'UE à leurs concitoyens. La Convention sur l'Avenir de l'Europe présidée par VGE n'est convoquée qu'en 1999, pour réfléchir, en partie, à des solutions à ce déficit démocratique ainsi provoqué.

La chose à retenir, c'est que l'UE n'y peut que mais des revendications de démocratie des citoyens. Elle pensait pouvoir, à l'image des etats-nation du printemps des peuples, profiter d'une période de longue transition, pour construire sa démocratie européenne, avec son espace public européen. Hélas, la Chute du Mur a rendu complexe la question de l'identité et des frontières de l'Europe. Elle a rouvert le débat des élargissements, qui semblent sans fin. Et les citoyens ont du mal à comprendre le subtil équilibre entre élargissement, et approfondissement.

De même qu'ils ont du mal à comprendre l'esprit qui anime cette construction. C'est un peu Hibernatus en somme. Le monde et les institutions Européennes ont évolué depuis 1957. Et un beau jour de 1992, les Européens se sont réveillés, et ont paniqué en voyant ce monde qui ne ressemble en rien à une démocratie représentative nationale. Est venu donc le temps de la méfiance, envers une UE qui a besoin de l'OTAN pour régler les guerres des Balkans. Méfiance envers une UE qui un ennemi à ses portes (URSS, crise des euromissiles). Cet ennemi tyrannique et communiste perdu, les citoyens ont oublié que le libéralisme est politique avant d'être libéral, et n'ont désormais que méfiance envers une construction qui leur semble "libérale", et rien d'autre.

Et aujourd'hui, alors que le Traité de Lisbonne propose des mécanismes institutionnels pour sortir de ce cercle vicieux (plus de pouvoirs aux parlements nationaux, généralisation de la co-décision, simplification de la prise de décision, institutionnalisation du Conseil Européen), nos braves nonistes dénonçant le manque de démocratie en Europe, dénonçant ce complot des élites, se figure qu'avec un référendum national en France (et un référendum pour dire non, qui plus est), on pourrait restaurer la démocratie en Europe.

Simplisme, quand tu nous tiens...

21 novembre 2007

Mise au point

Comme cela est le cas depuis la création de ce blog collectif, chaque auteur n'engage que lui même par ses propos. Il va donc sans dire, mais il va mieux en le disant, que les propos de Gus dans son billet du jour n'expriment pas l'opinion des autres rédacteurs, à commencer par moi-même, bien au contraire.

Je n'adhère nullement à l'argumentation de « ce qui a été refusé par référendum ne peut être accepté que par referendum ». Cela n'a absolument aucun fondement juridique, constitutionnel, logique ou rationnel. La France est une démocratie représentative, le référendum n'est qu'un moyen exceptionnel pour le peuple d'agir à la place du législateur. Cette expression étant nécessairement réduite par rapport à celle du parlement (dans un référendum, on dit oui ou non, il n'y a pas de droit d'amendement ne de travaux en commission), le principe est que c'est le parlement qui légifère. La constitution ne prévoit aucune hiérarchie entre les deux, elle met ces modes de décision sur un strict pied d'égalité. C'est nier cela qui est un déni de démocratie. Parler de trahison quand on respecte la constitution n'est pas sérieux. Le président actuel et sa challenger prônaient tous deux la relance de la construction européenne sur la base du TCE. Quatre scrutins ont confirmé coup sur coup la débâcle des partis du non et approuvé des partis opposés mais prônant tous deux une relance de la construction européenne sur la base du TCE. Un référendum en 2005 viderait de leur sens quatre scrutins en 2007 ? Voilà un déni de démocratie, un vrai.

Autre argument entendu, non soulevé par Gus : le Traité de Lisbonne reprenant beaucoup de stipulations du TCE (PDF) qui a été refusé, seul un référendum pourrait l'accepter. L'argument se pare d'un masque juridique, celui du parallélisme des formes. Outre ce qui vient d'être dit, deux contre-arguments battent  en brèche cette affirmation.

D'une part, il y a une nette différence. Le TCE proposait la fusion des trois communautés et 4 traités en un texte unique, baptisé constitution européenne.  L'Union européenne acquérait la personnalité juridique au plan international, avait un hymne, un drapeau, et des institutions et règles uniques. Le traité modificatif (TM) ne fait qu'amender les traités existant, en en fusionnant deux. Il n'y a plus rupture, mais continuité. Dès lors, l'aspect symbolique voulu par le référendum (avec le résultat que l'on sait) ne se justifie plus.

D'autre part, pour qu'un tel référendum puisse avoir lieu, il faudrait que les Français lisent et comprennent les Traité de Paris instituant la CECA, Traité de Rome instituant la CE, Traité de Rome instituant l'Euratom, Traité de Maastricht sur l'Union européenne, modifiés par les traités d'Amsterdam et de Nice, le traité modificatif, étudient les textes consolidés des traités amendés dont le nouveau traité sur fonctionnement de l'UE (TFUE) issu de la fusion du Traité de Rome et de Maastricht. Une relecture du TCE sera éclairante pour comparer les modifications. Plus naturellement les annexes et déclarations et réserves lors de la signature du TM. Grosso modo, un bon millier de pages de langage juridique technique. Qui peut affirmer sérieusement que ce débat est possible, souhaitable, et indispensable à la démocratie ? Que la campagne sera, contrairement à celle de 2005, une campagne relevée, où on débattra avec passion des conséquences du maintien du compromis de Ioannina sur la pondération des voix au Conseil européen, alors que sans prendre mes concitoyens pour des ignares, je pense que la plupart d'entre eux ignoraient jusqu'à cette seconde l'existence de ce compromis et ignorent toujours ce qu'il dit ?

Un référendum ne peut être organisé que sur une question simple, ou on peut répondre par oui ou par non, et qui est un choix dont les deux termes sont également valables. Comme sur la réduction ou non du mandat présidentiel à 5 ans.

Mais le référendum de 2005 était une erreur. Parce qu'il n'y avait pas de meilleure voie que d'accepter le TCE, sauf à abandonner le projet européen. Le "plan B" promis par les nonistes ayant fait pschitt, la supercherie est désormais connue : il n'y en avait pas, et les candidats du non ont payé leurs mensonges aux dernières élections présidentielles. Ne comptez pas sur moi pour pleurer sur leur sort.

A ceux qui demandent qu'on refasse la même erreur car comme on l'a déjà commise une fois, on ne pourrait plus jamais faire autrement, un simple mot qu'ils affectionnent : non. Il y a eu assez de dégâts comme ça.

27 juin 2007

De la difficulté d'être dedans et dehors en même temps

La Grande-Bretagne est européenne, même si elle ne le sait pas encore. Il reviendra à Gordon Brown de le lui apprendre.

Valéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il récite sa biographie à la radio, ne mentionne même plus son passage par l’Elysée et se concentre sur sa présidence de la Convention européenne. Modestie ou simple trou de mémoire, le débat est ouvert. La seconde hypothèse est néanmoins la plus probable, compte tenu de l’âge avancé de l’inventeur du « bon choix » électoral et de son goût pour ce qui brille.

Invité ce matin de France Inter, le « founding father » en chef a commencé son intervention en déplorant la perte de substance « métaphysique » de l’Union, l’abandon de symboles comme le drapeau, l’hymne ou le poste de ministre des Affaires étrangères étant plus préoccupant qu’on ne le dit. De fait, je suis assez d’accord avec lui, même si l'on sombre un peu dans l'hyperbole dans le contexte d’un traité entre Etats. Soit l’Europe reste un projet à vocation ultimement fédérale, auquel cas, oui, les symboles de cette nature sont aussi importants qu’à l’échelon national, soit elle n’est plus qu’une zone de libre échange destinée à se fondre, à plus ou moins long terme, dans un ensemble économique de dimension planétaire basé sur les relations commerciales.

Je maintiens que, pour tous les problèmes traversés, pour tous les doutes, pour tout le découragement d’avocats historiques du fédéralisme en France, les Rocard, les Delors, les Bayrou, nous sommes toujours dans la perspective initiale. L’UE n’est ni l’AELE, cette micro zone économique un temps sa concurrente, ni l’ALENA nord-américaine, ni l’ASEAN asiatique, ni même le MERCOSUR latin mais bien un projet d’inspiration politique né d’une ambition de réconciliation, de fusion même, plutôt que d’un simple désir de faciliter le transit des poids lourds. Ok, ok, nous traversons peut-être l’une de ces périodes difficiles dont l’histoire du continent est constellée, mais nous la surmonterons, comme les Polonais finiront par se débarrasser des affreux petits jumeaux qui se partagent le pouvoir chez eux.

En cela, l’ex-président et moi-même sommes d’accord (je suis certain que ça lui fera bien plaisir lorsqu’il l’apprendra, je sais que mon avis compte beaucoup pour lui) : vive la métaphysique communautaire ! Là où je ne suis plus d’accord, mais alors plus du tout, avec notre virtuose de l’accordéon, c’est lorsqu’il célèbre le départ de Tony Blair en suggérant que la Grande-Bretagne est désormais une nation « périphérique » de l’UE et qu’il faudra bien en tirer des conséquences définitives. Spécialistes de l’opting out, les Britanniques ne sont pas dans Schengen, ignorent l’euro, se fichent comme d’une guigne de la Charte des droits fondamentaux... Bref, ils ne font rien comme les autres et il faudrait donc se débrouiller pour les mettre, gentiment mais fermement, à la porte. N’est-il pas question, d’ailleurs, de créer une sorte d’EU de consolation pour les ceusses qui ne disposeraient pas du bon code génétique, les Turcs, les Ukrainiens, les Moldaves, les Syldaves ? Pourquoi ne pas proposer à Gordon Brown de les rejoindre ? Ce serait si sympathique.

Pourquoi ? Parce que ce serait stupide. Bon, c'est vrai, le peu d’enthousiasme de la Grande-Bretagne à l’égard de l’Europe est patent. Mais seriez-vous enthousiastes, vous-mêmes, si vous viviez dans un pays de plein emploi, de croissance et de stabilité politique et que l’on vous proposait de vous fondre dans un ensemble frappé par le chômage de masse, au PIB anémique et gouverné par des coalitions constamment reconfigurées ? On imagine aisément que, si les situations étaient inversées, ce qu’elles risquent d’ailleurs d’être dans les années qui viennent, le désir d’intégration soit plus grand. La Grande-Bretagne n’est entrée dans l’Europe que lorsqu’elle en a ressenti le besoin et chacune de ses avancées s’est faite sous la pression des faits.

De nombreux politiques locaux cultivent le mythe de la « relation spéciale » aux Etats-Unis, laquelle est censée offrir à Londres le statut de pont entre les deux rives de l’Atlantique. La langue, la culture, le système juridique ne lient-ils pas les deux pays de manière intime ? « Bullshit ! » répond Anthony Giddens, le cerveau derrière le blairisme. L’anglais ? Tout le monde le parle désormais, même les présidents français. La culture ? Allez causer des Angles ou des Saxons avec un congressman d’origine mexicaine ou coréenne : les Etats-Unis, à l’inverse de la France, n’ont pas de ministère de l’Identité nationale pour préserver leur intégrité culturelle à travers les siècles. Le système juridique ? Hum, les cabinets américains sont en train d’implanter le leur jusque chez les résistants gaulois...

De toute manière, poursuit Giddens, on ne peut pas prétendre être un pont tout en faisant partie de l’un ou l’autre des bords que l’on relie. Et si la Grande-Bretagne doit vraiment jouer les aqueducs, elle finira par se retrouver totalement isolée, comme ces vieilles routes nationales que plus personne n’utilise depuis que l’autoroute est terminée. La Grande-Bretagne (demandez leur avis aux Ecossais, aux Irlandais du nord, aux Gallois...) est européenne. Elle est européenne géographiquement, institutionnellement, économiquement, historiquement : tous les « ments » possibles et imaginables sont applicables.

Mais ce n’est pas tout. Incapable de survivre sans ses cousins du continent, elle nous manquerait cruellement si elle venait à s’isoler complètement. Hey, où la droite française irait-elle chercher son inspiration sans le Labour ? Et, symétriquement, où le PS irait-il copier l’incapacité à désigner un leader, établir une doctrine et perdre toutes les élections sans les Tories ?

La Grande-Bretagne est européenne, donc, et il reviendra à Gordon Brown de faire passer le message. Il aura du mal, sans doute, mais pas tant que ça compte tenu de la manière dont la relation spéciale avec le Texas a gâché l’héritage de son prédécesseur ces dernières années. Mais, vu le boulot déjà accompli par le partant, il pourra se concentrer là-dessus. C’est mon pari. Sa réputation d’eurosceptique ne le sert pas, c’est sûr, mais l’on dit le Britannique pragmatique. Si c’est le cas, la métaphysique suivra.

09 septembre 2006

Coopération européenne et politiques nationales

A l'occasion de sa récente visite aux institutions européennes, Nicolas Sarkozy a souligné le primat de fait des politiques nationales dans le traitement de questions sur lesquelles les états signataires des traités internationaux relatifs sont de fait solidaires. "On ne peut pas, dans l'espace Schengen, décider des mouvements de régularisation massive sans demander l'avis des partenaires", a-t-il estimé, dans les propos rapportés par le journal canadien Matinternet, dénonçant "les ravages que provoque le phénomène de régularisations massives". En filigrane, on note la préférence affirmée de Nicolas Sarkozy pour "une harmonisation européenne durcissant les conditions permettant d'obtenir un visa ou le droit au regroupement familial".
Cette approche, pour cohérente qu'elle est, ne répond nullement à la question que José-Manuel Barroso avait posé eux états-membres, à savoir, le gestion de l'attraction qu'exerce sur les citoyens africains la prospérité européenne, et ses conséquences humanitaires dramatiques, bien connues sous leurs diverses formes et de fort longue date.
En oubliant l'absence de gestion au long cours de la fermeture de Sangatte ou du squatt de Cachan par le ministre Nicolas Sarkozy, on pourrait, avec beaucoup d'imagination, sous-entendre dans les propos du candidat Nicolas Sarkozy [discours] l'idée selon laquelle rien ne sert de prétendre vouloir gérer la question humanitaire toute dramatique qu'elle soit tant qu'on ne daigne pas définir collégialement dans quel cadre on souhaite l'aborder. Le quasi-candidat Nicolas Sarkozy me semble dès à présent en mesure d'exposer à nos voisins européens, et notamment, ceux ici les plus violemment critiqués par ses propos, ses propositions à supposer que ses ambitions non-dissimulées se concrétisent.

Par ailleurs, votre serviteur observe un surprenant silence du candidat Sarkozy concernant ce que, si ma mémoire est bonne, nos lecteurs tchèques nomment "la double erreur de l'UE", c'est à dire, la Politique Agricole Commune et le rabais britannique.

(NB: Ségolène Royal sera reçue par J-M Barroso le 13/9 : je ne serai pas là pour commenter)

06 septembre 2006

Marché européen de la santé

Comme la plupart de nos concitoyens en leur for intérieur le penseront certainement, la Commission Européenne a fort logiquement décidé de passer outre l'opinion de la France régulièrement réaffirmée depuis 2001 selon laquelle, faisant ici sienne une formule d'ordinaire décriée, "les soins ne sont pas des marchandises", contrairement à ce qu'affirmait généralement depuis tout aussi longtemps la Cour de justice de Luxembourg.

Sans doute le fait qu'il soit désormais moins coûteux (et parfois plus confortable) pour les assurés sociaux français sans mutuelle (ou CMU) de se faire soigner les dents en Tchéquie plutôt qu'en France, même avec un remboursement de base de la sécurité sociale n'est pas étranger à cette prise de risque de la Commission Européenne, qui, longtemps, inspirée par de grands hommes, considéra que rien au sein de l'U.E. ne pourrait se faire en désaccord avec un consensus bi-partisan en France.

13 juin 2006

Suez, GDF, Enel : la CECA revisitée ?

Villepin s’est débrouillé pour transformer une opération de consolidation de l’énergie européenne en nouvel avatar du nationalisme économique à la française. Il n’est pourtant pas trop tard pour renverser la vapeur (sic), le gaz et l’électricité valant bien l’acier et le charbon en termes de stimulation communautaire...

L’indépendance énergétique de la France passe-t-elle par le contrôle de l’électricité belge ? Il semble bien que oui, à en croire l’ami Villepin, lequel sera bientôt le dernier à militer pour un rapprochement GDF-Suez en réaction aux prétentions de l’Italien Enel.

Pourtant, et au-delà de son approche nationaliste, mesquine et antihistorique de l’économie, le gandin de Matignon n’est pas totalement dans l’erreur : les entreprises européennes achetant leur gaz aux mêmes fournisseurs russes, africains ou moyen-orientaux, une petite vague de consolidation ne ferait pas de mal à leur puissance de négociation. Et leur capacité à parler d’égal à égal avec Gazprom, plutôt que de lui rendre visite en ordre dispersé, chapeau bas et chéquier en main, serait le meilleur moyen d’éviter une hausse non-maîtrisée des factures de chauffage dans l’Union. Une fusion de GDF et de Suez, de ce point de vue, « ferait sens » ― comme disent les journalistes des Echos lorsqu’ils singent leurs confrères du FT.

Mais l’on voit mal, dans ce contexte, en quoi l’initiative des Italiens constitue un tel scandale. Enel est une société respectable, opérant dans un pays que son allergie au nucléaire rend particulièrement vulnérable aux variations des tarifs énergétiques sur les marchés internationaux. Du coup, il est logique de la voir s’intéresser à Suez, conglomérat hétéroclite dont l’activité électrique et gazière se résume au contrôle d’Electrabel, équivalent belge d'EDF et géant de l'atome... La société transalpine se propose donc de racheter le groupe français, de céder ses divisions de gestion de l’eau et de traitement des déchets ― véritables spécialités de l’ex-Lyonnaise des Eaux ― et de fusionner ses propres activités énergétiques avec celles d’Electrabel. Ouf... Tout le monde suit ?

Sauf à considérer que l’Etat français est dans son rôle lorsqu’il défend les intérêts d’un Français face à un Italien dans un pays tiers, bloquant au passage l’émergence d’entités paneuropéennes solides, la position de Villepin est indéfendable. Toutefois, s'il est admis que la volonté des parties en présence d'atteindre la « taille critique » est légitime, aider Suez à rester un acteur énergétique et prévenir l’isolement international de GDF est concevable... D’où l’évidence d’une fusion des trois entités ― fusion bien plus susceptible de « créer de la valeur » et du « sens » que les batailles boursières qui s’annoncent et leur cortège d'honoraires légaux ou de cadeaux aux actionnaires.

Jean-François Cirelli, le patron de GDF, avait d'ailleurs évoqué cette piste il y a quelques semaines. Mais elle semble ne pas avoir été retenue. Son homologue de Suez, Gérard Mestrallet, étant un proche de Chirac, il est possible que la position gouvernementale ait été, comment dire, légèrement influencée par des considérations assez éloignées de l’intérêt européen, voire simplement national. Le président, on le sait, s’il ne tient pas ses promesses aux Français, est au moins fidèle en amitié.

Serait-il pourtant inenvisageable de s’inspirer de l’une des initiatives fondatrices de l’Union, la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) pour en appliquer les principes au domaine énergétique, les mêmes causes étant susceptibles de produire les mêmes effets ? Dans cette Union en panne, sans horizon politique, sans projet, permettre à des entreprises de se développer librement sur l’ensemble du continent tout en transférant la défense de l’indépendance de nos approvisionnements en énergies fossiles à l’échelon européen me semble une option assez séduisante – sinon indispensable.

Mais bon, Chirac et Villepin, voire les électriciens-gaziers de la CGT, dont on connaît l'indéfectible attachement à la cause de l’intégration européenne, trouveront probablement l’idée saugrenue, ni les stock-options de Mestrallet ni les intérêts corporatistes camouflés en défense du service public n’étant assurés de perdurer dans cette hypothèse. Encore que, pour nos amis syndicalistes, la référence à Lénine puisse éventuellement servir d’argument-massue : « Le communisme, c’est les soviets plus l’électricité », affirmait en effet le papa du bolchevisme !

13 février 2006

Bolkestein, le retour

Peut-on s’opposer à la seconde mouture de la directive Bolkestein, débarrassée du Principe du Pays d’Origine, et se prétendre pro-européen ? Io glaube que no.

J'ai été abonné, quelques années durant et pour des raisons professionnelles, aux rapports du Conseil Economique et Social. Cette institution marginale, assemblée consultative plutôt hétéroclite (syndicats, lobbies patronaux ou « associations familiales » y côtoient une quarantaine de « personnalités qualifiées » sélectionnées dans le cadre d’un renvoi d’ascenseur politique), permet à 231 « conseillers » de percevoir le tiers de l’indemnité mensuelle d’un parlementaire authentique pendant cinq ans en contrepartie d’une présence ultra-symbolique (3 jours minimum sur l’ensemble d’un mandat pour 3 000 euros par mois...).

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11 février 2006

De la liberté de penser des uns et des autres

Avis préalable : cet article reprend nombre d'informations et quelques formulations initialement publiées dans l'excellent article d'opinion http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article.php?id=1486 , signé par François de Lacoste Lareymondie. Pour autant, cet article ne tire pas nécessairement les mêmes conclusions de l'analyse des éléments cités que celles retenues par l'article d'opinion mentionné

L'Union Européenne, comme toute institution, est souvent plus grande par tout ce qui s'y fait sans qu'on ne le remarque que par sa gestion de sujets dans le cadre de grands débats institutionnels. Il ne s'est trouvé, je pense, que très peu de gens pour s'interroger sur l'arrivée discrète, quelques années à peine après l'élection au suffrage universel direct en mai 1999 du président Rudolf Schuster de la toute jeune nation de Slovaquie au sein de l'Union Européenne.

L'histoire retiendra certainement les très avancées menées au pas de course par le premier gouvernement Dzurinda et de ses successeurs, probablement aidées par la sensibilité démontrée de l'opinion publique slovaque à son image aux yeux l'opinion publique internationale. Cette sensibilité fut d'ailleurs fut considérée comme la première cause du rejet des méthodes des précédents gouvernements slovaques depuis l'indépendance de 1993. On notera avec ce sujet que la Slovaquie opère depuis 1993 une radio internationale émettant en cinq langues parmi lesquelles le français. Je prends le parti pris de considérer que c'est dans ce contexte de liberation en marche d'une jeune nation qu'il faut comprendre le long chemin entamé par la Slovaquie pour définir juridiquement le droit à l'objection de conscience suite à la signature en décembre 2000 d'un accord politique avec le Vatican dit de concordat, particulièrement attendu par une population se déclarant catholique à 70%, mais sortant d'une longue période de déni idéologique des convictions religieuses, et notamment, de l'existence de quelque droit à objecter que ce soit au nom de principes religieux.

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