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20 mai 2009

Commentaires

XS

Il n'y a pas pas là un peu trop d'amalgames?

Dani Rodrik ne parle pas du projet institutionnel européen, il parle encore moins de l'agenda de Lisbonne.

Pour ramener au projet européen, il y a au moins 3 aspects:
-1/ la réforme institutionnelle en elle même. Qui contient une partie de lutte contre la corruption. On peut la faire indépendamment d'un processus d'union régionale.

Selon D.Rodrik: "we need to significantly downplay the role of improved governance as a causal mechanism for economic growth.". Ce serait à argumenter. Au contraire, nul ne peut nier que la crise financière provient d'un manque de gouvernance dans le secteur financier privé (en fait: des mensonges malhonnêtes et court-termistes), et aussi de gouvernance dans les administrations privées censées les contrôler.

Une réforme institutionnelle dans le sens d'une plus grande transparence n'est pas une assurance de croissance, mais c'est un garde-fou. De plus, c'est bon en soi-même. Cas de la France: réduire le déficit de l'Etat et une certaine corruption de ses ayant-droits. Comme le dit D.Rodrik:
"The case for governance reform is that it is a good thing to do in and of itself. But don't confuse it for a growth strategy."


- 2/ l'unification "inter-nationale" européenne. Avec 2 volets:
-les pouvoirs
-les échanges industriels et commerciaux.
Sur le long terme, les économistes (dont les commentateurs de D.Rodrik) s'entendent pour dire que des échanges internationaux accrus augmentent la richesse. Le problème est de ne pas générer des crises locales

3/ le progrès technologique et environnemental
C'est là qu'est l'agenda de Lisbonne.
On peut valablement dire (après avoir relu Jean Fourastié) que c'est une stratégie de croissance, qui peut créer des richesses. C'est même la plus adaptée au vieillissement de la population.

le problème de l'Europe est:
-de ne pas laisser le financement de cette stratégie être totalement mangé par le coût des bureaucraties, des potentats locaux, des prestations sociales .. et maintenant par le soutien du secteur financier (technologiquement et environnementalement non productif)
- de gèrer la concurrence de dragons comme la Corée, la Chine et l'Inde qui savent investir plus.

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En définitive, la crise financière nous rappelle la fragilité et la difficulté du projet européen, mais pas sa vanité ni son inutilité.

Pour faire un amalgame à mon tour, on pourrait rapprocher cela des idées de F.Biancheri [ http://www.dailymotion.com/video/x7boty_franck-biancheri-newropeans-lue-et_news ] (on peut le trouver mégalo, mais ce qu'il dit à son intérêt). Selon lui, les peuples sont pour l'Europe. Ce sont les pouvoirs nationaux qui freinent afin de ne pas perdre leurs pouvoirs et leurs prébendes.

XS

Bis.

Pour Biancheri c'est plutôt cette video [ http://www.dailymotion.com/related/x7boty/video/x7ariw_newropeans-crise-traite-de-lisbonne_news?hmz=74616272656c61746564 ]
qui est intéressante.

Banchieri compare les responsables politiques nationaux des pays européens aux bonimenteurs immobiliers et financiers Etats-Uniens.
La question, c'est par qui ou par quoi faut-il les remplacer.

Gus

Pour l'amalgame, je ne sais pas trop : l'Acte Unique, cela consistait à expliquer qu'une gouvernance européenne et donc, peu démocratique, ne pourrait être que meilleure qu'une gouvernance nationale et génèrerait fatalament la croissance requise pour rembourser des déficits publics qui décuplèrent entre avant et après l'Acte Unique.

Zolko

La construction Européenne a 50 ans (52 pour être précis). Comparer ça à l'effondrement d'un capitalisme outrancier qui dure depuis 20 ans (Reagan-Thatcher) est impossible. Par contre, on peut effectivement et facilement dire que la construction européenne se fourvoie depuis 20 ans (l'effondrement du Mur de Berlin en 1989 et "la fin de l'Histoire").

Il serait temps de faire une pause et un bilan de l'organisation européenne, non ?

Gus

Sur le fond, je suis tout à fait d'accord avec vous, Zolko. Il y a eu un réel tournant dans la construction européenne avec la création du Parlement Européen, l'échec de la première constitution européenne poussée par le Parlement Européen (le "projet Spinelli") et le "choix" de l'Acte Unique il y a maintenant 23 ans, sur les rails duquel nous sommes désormais lancés en guise de "construction européenne".

La seule chose neuve est que la crise financière révèle l'erreur que Paul Krugman dénonçait rhétoriquement il y a déjà bien longtemps dans "La mondialisation n'est pas coupable" (voir par exemple la page 1 sur Amazon : http://www.amazon.fr/gp/reader/0262611333/ref=sib_fs_bod/276-9806632-2831858?ie=UTF8&p=S00L&checkSum=UpPdglth5t9yW72XCjR2cCsX2KtjN2XgMa5yi6EezSA%3D#reader-link )

XS

Mais est ce que l'Acte Unique (Luxembourg 1986, donc) qui incluait bien l'achêvement du marché intérieur promettait une réforme des institutions internes des pays?

Je ne pense pas. "Référence nécessaire" comme on dit chez WP. Il y a certes eu des lois européennes qui s'imposaient ensuite aux nations, mais sans changer les institutions politiques des pays. Ni les systèmes (fiscalité, filets sociaux, etc).
Une exception: la perte de monopole, progressive et très lente, des entreprises d'Etat.


Par ailleurs, dire que l'UE serait forcement plus anti-démocratique que les Etats est assez artificiel.
Christine Lagarde n'a pas forcément été mise à son poste de façon plus démocratique que Nelly Kroes, F.Fillon que JM Barroso.
Le parlement Europeen a démis en bloc toute la Commission Santer, alors que Raffarin ou Cresson n'ont jamais été limogés par le parlement français.

Le problème de démocratie dans l'UE, c'est qu'on a créé la parlement européen, mais qu'il est resté sous le contrôle des partis nationaux. Il y a donc peu de débat politique sur un modèle de société qu'on souhaiterait à l'échelle européenne. Les médias et les politiques ont peu traversé les barrières de langue, d'ailleurs. De plus faudrait-il arriver à ce que le parlement nomme la Commission, et non simplement l'approuve.

L'agenda de Lisbonne (en mars 2000) est une stratégie de croissance qui vient 14 ans après. On peut valablement défendre qu'elle s'oppose à un libéralisme low-cost.
Dans la pratique, il y a eu un effet d'annonce, mais sans les moyens. Résultat: la Scandinavie qui avait de l'avance a approfondi, l'Allemagne après des années de reflexion sur sa compétitivité (et son handicap démographique)l'a implémenté, mais pour elle-meme.


Quand aux déficits, les voici:
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Public_Deficit_of_France.png
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/StaaSchuBis2004.PNG

Les déficits restent du même ordre avant et après 1986 mais avec des mauvaises années (ex:1992 à 1994) et une incapacité de la France en particulier à revenir en positif.

Peut-être si l'euro-scepticisme devient plus profond en France, il faudra laisser d'autre pays être les moteurs de l'Europe.
Il faudra dans ce cas dire clairement pour qui et pour quoi (ex: les privilèges de nos politiciens français, un Etat-providence hélas financé par les déficits, les monopoles d'EDF ou les tarifs des banques? ou une économie haut de gamme fondée sur la recherche et n'oubliant pas les plus faibles?)

Gus

"Mais est ce que l'Acte Unique (Luxembourg 1986, donc) qui incluait bien l'achêvement du marché intérieur promettait une réforme des institutions internes des pays?"

Parce que, selon vous, l'achèvement du marché intérieur des services n'impliquait pas, au minimum, la fin des monopoles locaux de service public ?

Défendre l'Union implique certainement un minimum d'aveuglement, mais s'il vous faut des références, peut-être suffit-il, pour les trouver, d'aller chercher l'exposé des motifs des lois Jospin de privatisation des services publics, ou celles de modernisation du commerce de distribution d'eau, d'assainissement, de formation continue, d'action en faveur de la santé, de contrôle de la concurrence, etc. . M'épargnerez-vous cette peine ou devons-nous remuer le couteau dans la plaie ?

Gus

"Mais est ce que l'Acte Unique (Luxembourg 1986, donc) qui incluait bien l'achêvement du marché intérieur promettait une réforme des institutions internes des pays?

Je ne pense pas. "Référence nécessaire" comme on dit chez WP."

Parce que, selon vous, l'achèvement du marché intérieur des services n'impliquait, au minimum, la fin des monopoles locaux de service public ?

... dans l'assainissement, la distribution d'eau, les télécommunications, l'énergie, les services de prévention en faveur de la santé, la formation continue, l'éducation post-initiale et notamment post-baccalauréat, la santé, le logement (social ou non), les services d'assistance juridique, la protection des travailleurs, le droit de la concurrence, l'expertise dans l'aménagement du territoire, l'entretien des voies de circulation, le contrôle routier et aérien, les prévisions météoroliques, les prévisions économiques, j'en passe et des meilleures ?

Bon, je l'admets, l'Acte Unique laisse de côté la police, l'armée, la justice et la culture. What else ?

Et s'il vous faut des références, doit-on aller les chercher dans les exposés des motifs des lois Jospin de privatisation des services publics ?

Subjectif

Pas du tout d'accord avec l'auteur. Le projet européen, n'est pas un "cumul de processus permanent..", un projet c'est surtout des idées, une créativité. Un projet c'est une ambition cela devrait enthousiasmer. Malheureusement, l'Europe enthousiasme de moins en moins, et c'est là qu'on se rend compte que l'excès de bureacratie peut tuer un projet. Le projet européen a vraiment besoin de...projets:)

http://hristo.blog.lemonde.fr

Gus

Subjectif: la chose semble vous échappe, mais l'Europe, c'est avant tout trois traités : donc, ce ne sont pas des idées, mais des engagements mutuels, opposables aux signataires.

Autrement dit, l'Europe est le premier ennemi de tout projet européen ouvert, de tous espoirs, de toutes ambitions, au profit d'un pacte ayant pour rôle essentiel de borner ces ambitions.

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