Un excellent article sur la soudaine agitation qui s'empare du Parlement Européen sur la directive temps de travail a été publié chez Jean Quatremer. L'on se souviendra quand même que la question de l'harmonisation des conditions de travail dans l'Union est en théorie au coeur du débat européen depuis les débuts de la Commission Prodi.
Cette position du Parlement Européen nous apprend plusieurs choses. La première, qui n'est vraiment pas la moindre, c'est que les conservateurs européens et les "libéraux" revendiqués, à l'image de ce que font les conservateurs américains depuis des années, semblent prendre de plus en plus conscience de l'intérêt politique d'afficher une certaine considération pour l'intérêt des plus faibles.
Le Parlement Européen est d'ailleurs l'arène idéale pour afficher de telles préoccupations, puisqu'aucune de ses positions ne suffit en tant que telle à devenir force de loi dans l'Union Européenne, ou même s'imposer au Conseil : ainsi peut-on conforter à peu de frais une image proche des faibles, des pauvres et des sans-grade sans s'aliéner le moins du monde le soutien du grand capital. Une telle position aura de surcroit le mérite de neutraliser une bonne partie des critiques eurosceptiques dans les rangs des conservateurs. Dans le cas de ce débat précis, il est très amusant de voir les élus UMP français au Parlement Européen contredire la position du Ministre français issu des modérés du même parti sans même que qui que ce soit à l'UMP ne s'en émeuve. Mais, au fond, l'important est-il d'être cohérent avec soi-même ou de gagner les élections ? Les succès brefs, mais répétés, de Nicolas Sarkozy sont une leçon pour tous ceux à qui leur spectacle s'impose.
La seconde, tout aussi fondamentale, est que l'on peut prédire que les Verts perdront le fond de commerce qui est depuis longtemps le leur en Europe : celui qui consiste à faire des propositions ambitieuses et intelligentes qui n'ont aucune chance d'acquérir un jour force de loi en Europe. Cela ne les empêchera pas de faire un bon score aux élections à venir, mais ils devront au cours de la prochaine législature inventer rapidement une nouvelle stratégie.
Une troisième, importante, est qu'une importante leçon a été tirée de l'échec du Traité Constitutionnel. Le fonctionnement de l'Union était, avant l'échec du traité constitutionnel, plutôt franc et transparent. Quoi qu'on en dise, cette construction européenne que les citoyens trouvent si déplaisante pour peu qu'ils daignent s'y intéresser s'est faite sans jamais se cacher. Certes, on aura pas trouvé grand monde en France pour vouloir en parler pour ce qu'elle est, ce qui peut se comprendre : car alors, à vouloir la défendre, on se discréditait au sein d'une opinion succombant facilement aux tentations partisanes. L'échec du référendum sur le traité constitutionnel en France était essentiellement dû à une critique de fond du travail passé et en cours de l'Union, critique d'autant plus aisée que tous les éléments sur lesquels elle s'appuyait étaient librement disponibles, sans langue de bois. La Présidence française, qui s'achève bientôt, aura, je le crois, brillamment démontré qu'on peut faire aimer l'Europe en alignant lieux communs, énormités, et demi-vérités les uns derrière les autres. On peut aussi compter sur la presse française, mais aussi étrangère, pour reprendre sans les critiquer le moins du monde. On se souviendra par exemple de cette étrange affirmation selon laquelle Nicolas Sarkozy était "président de l'union en exercice" répétée en boucle dans la meilleure presse et la meilleure blogosphère française six mois durant et pourtant dénoncée quatre mois avant le début de la présidence de l'Union par d'exigeants rédacteurs.
Et s'il faut identifier l'apport majeur de la Présidence française à la construction européenne, c'est certainement celui-ci : la France a démontré aux yeux de tous qu'il existait un moyen simple de faire aimer l'europe aux européens. Gageons que la leçon aura été bien compris par tous, et sera appliquée pour les élections à venir.
Add. : je ne puis m'empêcher de repenser à ce vieil article du New York Times.
d'il y a deux ans.
Les commentaires récents