La tendance se faisait sentir depuis 2005, elle se confirme désormais : la progression du nombre d'étudiants participant aux programmes d'échanges internationaux étudiants ERASMUS se tasse, du moins, dans les quinze plus anciens membres de l'Union Européenne.
En France, la situation est encore plus troublante : alors que le nombre de départs d'étudiants pour l'étranger ne cesse de progresser et que la France est le troisième pays au monde pour le nombre d'étudiants quittant leur pays, le nombre d'étudiants ERASMUS baisse, au point que 4.000 bourses ERASMUS n'auront pas trouvé preneur cette année.
La faiblesse de la bourse et du budget global ERASMUS y est certainement pour quelque chose. Après tout, l'Europe consacre au simples déplacements de Bruxelles à Strasbourg du Parlement Européen quatre fois plus d'argent qu'à toute la mobilité étudiante dans l'Union. Mais surtout, les cursus ERASMUS ne semblent pas significativement valorisés par les employeurs sur le marché du travail. Ce qui se conçoit aisément : l'intégration économique européenne ne progressant plus guère, c'est encore dans un cadre pour l'essentiel national que la très grande majorité des jeunes diplômés assez chanceux pour trouver un emploi exerceront. La réputation un peu dilettante d'études plus longues à l'étranger mal valorisées en termes de diplomes nationaux ne jouera pas forcément en faveur du candidat à un premier emploi, en France du moins, ou dans les autres pays de l'Union dans lequel fonctionne le plus efficacement le système de reproduction des élites, donc, nationales. La faiblesse de la bourse et les obligations bureaucratiques associées peuvent inciter l'étudiant qui en a les moyens à s'affranchir en bloc des deux, et ainsi, valoriser sur le marché du travail une démarche individuelle conçue en fonction des besoins du marché et non-instrumentalisée par des objectifs politiques.
Il y a donc certainement quelque chose à trouver pour qu'ERASMUS atteigne ses objectifs. Et sans doute, en tout premier lieu, le recentrer sur sa vocation essentielle : améliorer la formation des étudiants européens.

"La réputation un peu dilettante".
"Dilettante", ça dépend où vous allez... Essayez voir un Erasmus en Allemagne...
Et les universités ne sont pas dupes. En tout cas, en Belgique, puisque les notes obtenues en Erasmus sont affectées d'un coefficient qui varie selon le pays de destinations. Si je me souviens bien, par exemple, un 18 en Italie vous vaudra peut-être un 13. Par contre, un 14 en Allemagne vous vaudra un 15.
Rédigé par: Alex | 10 novembre 2008 at 08:47
Vous avez raison : je vais reformuler mon propos pour tenter d'y mieux faire paraître ce que je souhaitais exprimer.
Rédigé par: Gus | 10 novembre 2008 at 09:25
En fait, les reformes de Bologne n'ont pas vraiment facilitées les échanges, mais la forte structuration des études a créé des cadres qui posent des problèmes énormes pour trouver la liberté de quitter "son" pays et de faire ses études à l'étranger pour un ou deux semestres.
Une recommendation de lecture: "Bologna with student eyes 2007" ( http://www.esib.org/documents/publications/bwse2007.pdf ) de l'Union des Etudiants Européens (ESU).
(Lien non-fonctionnel corrigé --Gus)
Rédigé par: Julien Frisch | 11 novembre 2008 at 09:33
Ce que vous dites ne m'étonne guère, Julien. Et pas seulement pour des raisons relevant de ce qu'on peut ou non attendre de l'Union Européenne acteur de normalisation.
Si l'Union Européenne est parvenue, avec ou sans l'aide d'Erasmus, à promouvoir une mobilité géographique réelle des jeunes européens, notamment étudiants, mais aussi jeunes travailleurs, alors, elle peut s'en féliciter.
Et à en croire les chiffres, la mobilité des jeunes étudiants et travailleurs progresse significativement dans l'Union, y compris dans les seuls quinze plus anciens adhérents.
En 2008, je ne crois pas que l'Union ait des raisons de se donner comme mission de lutter contre de supposées craintes des plus brillants jeunes citoyens d'aller à l'étranger. L'objectif de l'Union n'est donc certainement pas de permettre aux étudiants désireux de "rester dans leur pays" de faire un ou deux semestres d'études à l'étranger. Après tout, si nos grands-parents n'avaient pas voulu quitter leurs régions de France pour aller travailler là où le travail était, c'est à dire, souvent loin de leurs régions de naissance, la France ne serait pas un grand pays.
Rédigé par: Gus | 11 novembre 2008 at 11:31