Il n'est pas inintéressant de constater que c'est la déclaration de Javier Solana, responsable (après Nicolas Sarkozy pour encore soixante jours) de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune de l'Union qui aura été retenue par la presse française pour annoncer le choix de Barcelone comme capitale de l'Union de la Mediterranée.
Les esprits chagrins regretteront certainement que nulle ville française, et notamment, Marseille, n'ait tenté sa chance. C'est ignorer que le rayonnement tant économique que culturel de la capitale catalane est depuis longtemps tel que l'on veille même en Europe à brider ses ambitions d'extension de son Train à Grande Vitesse de technologie locale, le TALGO, en territoire français, alors même que ce train, particulièrement conçu pour la traversée de tunnels et de zones habitées, semblerait bien plus adapté que le TGV français à rouler sur un axe Lyon-Turin. On notera à ce sujet que le travail du Commissaire Européen aux Transports français aura essentiellement eu ici pour conséquence de geler ce chantier pourtant économique en regard du Lyon-Turin pendant cinq ans (tandis que Dominique de Villepin privatisait la seule autoroute parallèle au tracé et la plus rentable de France à l'époque... bref...). On se souviendra également de l'intéressant article du très érudit Edgar sur les formes adoptées par les états européens d'avant le règne de Charlemagne, à une époque où les barrières géographiques s'opposaient infiniment mieux aux ambitions politiques qu'aujourd'hui, comme l'auront démontré les vingt-cinq ans de tractations qu'il aura fallu aux cinq régions européennes voisines de l'Euro-région Pyrénées-Méditerranée à obtenir d'être reconnue par Bruxelles, et, ainsi, de pouvoir traiter directement avec elle par dessus la tête des états-membres.
Avec le déclin d'Athènes et Marseille, les incertitudes sur l'avenir de la Turquie et notamment, d'Istanbul en Europe, ainsi que la persistance de conflits d'une cruauté qui devrait faire honte à l'Europe sur sa rive moyenne-orientale, c'est l'actuelle capitale économique de la Méditerranée qui vient d'être choisie comme capitale politique. Ce qui, en soi, et surtout, au début de ce qui s'annonce comme la pire recession économiques depuis 1929, est un message particulièrement fort adressé aux régions (et euro-régions) limitrophes comme au reste du monde et notamment à l'Union Européenne. A l'heure où l'on veut encore en France considérer Strasbourg comme une capitale européenne, à l'heure où l'on s'évertue à soutenir à bout de bras Galileo et Quaero, voilà un choix qui rendra à certains yeux du monde l'adhésion à l'Union de la Méditerranée au moins aussi attractive que l'adhésion à l'Union Européenne.
Puisse l'avenir et, espérons-le, la prospérité à venir des citoyens de l'Union de la Mediterrannée inspirer les politiciens de l'Union Européenne. Dans la mesure où ceux-ci semblent unanimement convaincus de l'intérêt à persister dans leur refus de laisser les peuples européens décider eux-mêmes de leur destin, nul doute que toute émulation extérieure sera bienvenue !

Commentaires