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10 octobre 2008

L'Euro passera-t-il l'hiver ?

Vous ne vous êtes sans doute jamais posé la question. Je veux dire, à jeun. Pourtant, en un certain sens, elle se pose. Au sens où certaines économies nationales de la zone euro, et notamment celles des petits pays, risquent de passer une période très difficile dans les mois à venir.

J'avais en août 2007 souligné à quel point l'alignement de la Banque Centrale Européenne sur la politique de la FED était une décision politique majeure. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Notamment : les soubresauts devenus tout à fait visibles depuis l'an dernier du système ont incité les financiers à financer d'importants investissements dans les valeurs supposées porteuses (produits agricoles, matières premières, industrie russe et brésilienne) qui ont eu pour effet, remarqué, de porter les cotes de ces actifs à des zéniths stratosphériques. Ne me dites pas que vous ne l'avez pas remarqué. Non pas que telle stratégie soit foncièrement nécessaire ou utile, mais il apparaissait de plus en plus nécessaire aux grands financiers concernés de trouver à n'importe quel prix une stratégie pour se refaire après d'importantes pertes subies, on s'en souvient, dans l'immobilier américain.

Que de telles stratégies aient provoqué des troubles civils considérables dans les zones les plus pauvres de la planète n'aura pas dérangé grand monde, et surtout pas la diplomatie française ou européenne, d'ailleurs. S'en étonne-t-on encore ? N'entendait-on pas dire que "tout était de la faute des chinois qui stockaient en vue des Jeux Olympiques pour ne manquer de rien" ?

Mais, et c'est là l'important, ces investissements que je qualifie de spéculatifs étaient souvent réalisés, comme cela a été maintes fois expliqué, par le recours indirect aux prêts à court terme consentis par les grandes banques centrales, auxquels les investisseurs accèdent par l'intermédiaire des simples banques commerciales, la BCE et la FED notamment jouant simplement le rôle de fabricant des munitions dont les spéculateurs avaient vitalement besoin : le cash.

Ce que l'on nomme "crise du crédit" depuis quelques semaines n'est rien d'autre qu'un certain aveu d'impuissance de ces mêmes spéculateurs à se refaire, ou plutôt, le témoignage du refus des banques commerciales de continuer à jouer plus longtemps le jeu :. malgré les envolées vertigineuses de cours auxquelles nous avons assisté depuis douze mois : ne me dites pas que vous ne les avez pas vues. Ne me dites pas que vous ne les avez pas vues se dégonfler simultanément à la "crise du crédit". Certes, il peut s'agir de coïncidences.

La "crise du crédit" est donc le refus désormais affirmé des simples banques commerciales à servir de caution au système. Les Banques Centrales, FED et BCE en tête auront beau baisser leurs taux au niveau de ceux que ne parvient plus à dépasser la Banque Centrale japonaise depuis des années, nul banquier n'a désormais l'envie d'aller plus avant dans l'aventure que lui proposent les aventuriers de la finance mondiale.

La Réserve Fédérale américaine en a déjà tiré ses conclusions en fournissant directement le cash aux financiers étranglés sans plus employer le paravent des banques commerciales, et en acceptant en garantie ces mêmes actifs dont précisément les banques commerciales ne se contentent plus. Sans doute sont-ils plus malins et mieux informés que les professionels du secteur : de toute façon, le contribuable est là pour éponger.

Mais la Banque Centrale Européenne, elle, ne peut pas recourir à cette stratégie. Elle n'en a statutairement pas la possibilité. C'est d'ailleurs la conséquence logique de son indépendance réelle, quand on y réfléchit.

Mieux encore : les allemands, attachés à une certaine éthique du capitalisme et surtout, peu désireux de devoir payer pour les investisseurs de la zone euro oeuvrant avec la bénédiction d'autorités prudentielles nationales particulièrement tolérantes, ne voudront pas de sitôt cautionner une réponse globale de la zone Euro. Ils peuvent à mon avis à juste titre parier sur une gravité bien plus évidente de la situation dans certains pays qui l'ont déjà plus ou moins avoué (Irlande notamment, Pays-Bas peut-être et sans doute Italie) pour espérer réduire d'autant la facture en contraignant les gouvernements de ces pays-là à éponger les pertes des établissements qu'ils avaient pour mission de surveiller (maintien sous responsabilité nationale des politiques prudentielles : art. 105b du traité de Maastricht : aspect fondamental de la concurrence interne à l'Union sur le marché des services financiers et bancaires).

Avez-vous noté ? Pour cette seule et unique raison, le suivisme de la BCE sur la FED choisi en août 2007 était suicidaire : car il y avait un certain niveau d'engagement dans la crise auquel la FED pouvait consentir, mais pas la BCE.

En voudra-t-on pour autant aux allemands ? Après tout, leur opinion n'est pas si différente de l'opinion publique américaine et de l'opinion publique de nombreux pays d'europe. Mais, en Europe, à la différence des USA, les citoyens n'ont pas à présent consenti à donner aux politiques la possibilité de prendre des décisions engageant la totalité de l'Europe contre l'avis de l'opinion. Vous vous en doutez, je ne m'en plains guère.

Posons-nous alors cette question : qui aurait quoi à perdre à voir tel ou tel état dont les autorités prudentielles se seront révélées trop laxistes subir une éventuelle perte de confiance des simples épargnants honnêtes en endossant le passif de leurs banques nationales, et, ce faisant, faire exploser sa dette publique ? J'hésite à me prononcer. Mais si un tel cas en venait à se produire, la solution la plus naturelle pour l'Etat concerné serait de demander à quitter la zone euro et pratiquer une politique de dévaluation aggressive.

Auquel cas, rassurons-nous, l'Euro, ej veux dire, la monnaie elle-même, en sortirait grandie, voire, renforcée. Mais l'idée très européenne d'une solidarité économique entre états, au coeur de l'Acte Unique, serait de fait morte, pour insuffisance de résultat de ses administrations, avec comme cause fondatrice et essentielle le refus de mesurer les conséquences de la concurrence sur le marché intérieur des services financiers. Mais rassurons-nous : rien n'est plus facile à ressusciter qu'une administration. Pour cette raison, je rejoins l'opinion exprimée des commentateurs pro-européens : L'Euro sortira certainement grandi de cette épreuve : mais pas forcément avec tous ses membres, et à quel prix !

Add. : Alain Lambert a, lui aussi, vu venir le péril.

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Voici les sites qui parlent de L'Euro passera-t-il l'hiver ? :

Commentaires

Je suis pour ma part prêt à parier que la zone euro comptera un pays de plus à la fin de l'hiver.

Hé, hé... C'est possible. Et peut-être même plus qu'un.

Mais ce serait un signal fort lancé en direction des candidats à l'entrée dans la zone Euro : plutôt que de se casser le bol à présenter des comptes publics en ordre et des signes de solvabilité, il suffirait pour rentrer dans l'Euro d'ouvrir grand ses banques aux capitaux étrangers, dérèglementer, foutre la finance mondiale en l'air et pleurer.

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