Quelques éléments supplémentaires sur les agro-carburants
L'annonce opportune du dépôt de deux brevets (USTPO 20080085520 & 20080085536) concernant certaines techniques employant des cyanobactéries transgéniques spécialement créées à telles fins pour la production de sucres et d'éthanol à partir de la seul lumière solaire relancera certainement le débat européen sur les bio-carburants, à l'heure où la Commission Européenne choisit de se résoudre à commander une seconde étude scientifique, extensive, sur la question.
Au delà de ce seul débat, il sera désormais difficile de continuer à débattre de la question OGM elle-même. Il faudra attendre à se focaliser sur les modalités, les intentions, les conséquences et l'utilité : si les techniques de transgénèse permettent d'employer des surfaces inexploitables pour les actuelles techniques agricoles (vitalement dépendantes de qualités encore fort méconnues des vingt et quelques centimètres d'écorce terrestre entre le ciel et la terre, du fait, sans doute, du très faible intérêt témoigné par les grandes organisations internationales, de la Banque Mondiale au FMI, pour la recherche agronomique ou de production alimentaire), il sera difficile d'imaginer que le monde entier consentira à s'en priver : que cela finisse ou non en "Soleil Vert". Pour autant, il faudra qu'on m'explique quel pourrait alors l'intérêt de consacrer de grandes surfaces à l'expérimentation de techniques nouvelles, donc, mal maitrisées, à proximité de zones à forte densité de population.
Par contre, cela remettra au centre du débat les deux questions essentielles : le risque écologique, et les monopoles d'exploitation offerts aux détenteurs de brevets sur une machine transformant la lumière solaire en énergie exploitable par l'homme, fût-elle vivante. Pour cette raison, je me réjouis que le débat européen sur la propriété intellectuelle n'ait pas encore été torché, grâce aux efforts considérables de la société civile pour gripper la machine européenne.
Restera également la question des surfaces : même en étant très optimiste, la collecte de la lumière solaire exige de couvrir la surface terrestre de capteurs destinés à la collecter. Les techniques à base de cyanobactéries permettent d'imaginer, dans un futur pas si lointain, d'employer les mers, difficilement habitables par l'homme, pour la production alimentaire.
Mon opinion, vous l'aurez compris, est qu'il est encore bien tôt pour créer des contraintes juridiques aux états-membres. Surtout si l'on considère qu'à supposer, ce qui reste souhaitable, que l'économie mondiale ne s'effondre pas, la nécessité de nourrir de mieux en mieux les hommes créera une incitation à travailler dans ces directions infiniment plus efficace qu'une contrainte juridique à l'européenne, inévitablement accompagnée de quelques effets pervers.
Enfin, de tels espoir, réels, devraient dès à présent nous inviter à savoir consacrer les sols dont nous avons vitalement besoin à la production de nourriture : faute de disposer à ce jour d'un successeur à l'agriculture pour nourrir l'homme, il serait prudent de ne pas se priver de quelque possibilité que ce soit d'en faire, à des fins strictement alimentaires, tant que nous n'aurons rien pour la remplacer.

La synthèse directe de cellulose ou sucres à partir de la lumière solaire par des bactéries est la seule voie imaginable en l'état de la science pour sortir d'une dépense aux ressources non-renouvelables.
Les végétaux, champions de la synthèse chlorophylienne, ont le défaut d'avoir évolué en s'accomodant d'une importante dépendance aux composés azotés dans le sol. Aujourd'hui, pour monter les rendements, on apporte dans le sol l'azote dont ont besoin les végétaux : demain, de ne sera plus possible à des coûts raisonnables. Il faut donc revenir en arrière dans l'évolution et créer, sans doute de toutes pièces, des formes de vie faisant le choix de la synthèse chlorophyliennes mais pas celui de la dépendance aux composés azotés. Et c'est, c'est de la grosse et belle science, qui devrait être financée publiquement vu l'enjeu : après tout, il s'agit juste de la survie de l'homme...
Rédigé par: Péléan | le 26 avril 2008 à 11:46