Un zeste de théorie monétaire dans un grand verre de politique monétaire
A l'heure où le thème de l'inflation et du pouvoir d'achat semble gagner en popularité, il me semble utile de ressasser un peu de théorie :
La quantité de monnaie
disponible dans la zone euro dépend du seul bon vouloir de la
Banque Centrale Européenne, laquelle agit, essentiellement,
par le levier des taux d'intérêts pour contrôler
la quantité de monnaie en circulation, de la même manière qu'un automobiliste agit sur frein et accélérateur pour maitriser la distance parcourue par son véhicule si possible dans le cadre d'une conduite souple et harmonieuse de l'aventure.
La quantité de biens et services produites dans l'Union est, elle, par contre, parfaitement indépendante de la bonne volonté de la Banque Centrale Européenne : elle dépend, pour l'essentiel, de la volonté et de la liberté d'entreprendre, produire, et créer l'avenir dont jouissent les citoyens de l'Union.
Lorsque, dans le cadre des traités européens, l'on donne aux banques centrales mission de stabilité des prix, c'est que l'on souhaite que, modulo de nombreux facteurs dont savent parfaitement tenir compte les économistes professionnels qui travaillent par bataillons entiers dans les officines compétentes, parmi lesquels l'épargne, le recours à l'emprunt des ménages et des puissances publiques, le commerce extérieur, l'investissement industriel, la monétisation de supports d'épargne, et quelques autres facteurs, la quantité de monnaie libellée en euros en circulation évolue parallèlement (proportionnellement) à la quantité de biens et de services produits dans l'Union. En effet, hormis les autres facteurs préalablement cités, l'argent circulant dans la zone euro sert à acheter les biens ou services produits : donc, si la masse monétaire (la quantité de monnaie en circulation) augmente plus vite que la quantité de biens et services produits, les prix montent. Dans le cas contraire, les prix descendent : c'est aussi simple que ça.
Vous avez sans doute à ce stade compris quelle était ma conclusion : la responsabilité de la Banque Centrale Européenne dans l'actuelle montée en flèche de l'inflation est tout simplement écrasante.
Même si, et sans doute faut-il le préciser, une analyse plus approfondie inciterait certainement à conclure que l'essentiel des décisions ayant mené à cette situation remontent au mandat du précédent Président de la BCE.
(Add. 28/2 : Ernest-Antoine Seillière exprime, on s'en serait douté, une opinion diamétralement opposée à celle ici présentée : car puisque l'inflation réduit le coût du travail, le souhait du grand patronat est toujours de lui laisser jouer son rôle de modérateur indolore du coût du travail, de la même manière que le souhait des puissances publiques est de lui laisser jouer son rôle de modérateur indolore des dettes publiques et privées)
(Add. 1/3 : Voir en compléments les principes 8 & 9 de l'économie selon Mankiw )

C'est rare que vous et moi soyons d'accord sur ce blog, mais là : j'applaudis des 2 mains...
Rédigé par: Julien | le 27 février 2008 à 12:06
C'est tout l'objet de Publius que de parvenir à se trouver un jour en accord, un autre jour en désaccord avec qui y passent ou postent.
Bon, ça marcherait mieux si je n'étais pas l'auteur de 75% des articles au moins.
Rédigé par: Gus | le 27 février 2008 à 12:21