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04 janvier 2008

L'euro, principale monnaie mondiale

La tribune de Jean-Pierre Jouyet dans le Monde est doublement intéressante.

D'abord, c'est toujours étonnant de voir un ministre effectuer une analyse aussi technique. Et sortir du béatisme habituel de la communication européenne à laquelle nous sommes habitués. Pas de blabla eurobéat sur le formidable projet, mais un long discours invitant à reconsidérer le cadrage habituel fait sur la monnaie unique. On est dans un discours de technocrate, pourrait-on dire.

Et sur le fond, il tape assez juste : il faut penser l'euro différemment. L'euro est devenu une monnaie mondiale, ce qui impose d'une part de penser différemment la monnaie (sortir de l'obsession du taux de change), mais offre aussi de nouvelles perspectives diplomatiques.

C'est sur ce dernier point que les choses pêchent, malgré tout : l'eurozone est une puissance économique, soit, elle a une monnaie qui est un outil d'attraction et de négociation. Mais elle a toujours un mal fou, faute de gouvernance adaptée, à transformer cette puissance en un projet diplomatique et de développement économique unifié. Les incantations sur le mode Galileo/OMC restent souvent des voeux pieux et de l'autopersuasion, la réalité étant souvent celle d'une cacophonie et d'un potentiel non réalisé.

L'euro, instrument fort au service d'une entité encore faible ?

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Voici les sites qui parlent de L'euro, principale monnaie mondiale:

Commentaires

Un texte un peu long, avec en arrière plan de lapolitique intérieure française concernant les reformes structurelles françaises. La remarque sur l'Allemagne est exacte. Il faut dire que c'est depuis 1993 qu'ils ont réflechi aux handicaps industriels du "Standort Deutschland" (le site de production Allemagne).

En France, on a encore 15 ans de retard. Au lieu de se lamenter, ce serait utile d'exhumer l'Agenda de Lisbonne et voir si des réformes structurelles (recherche, industrie, services) sont possibles dans ce sens, à l'échelle supra-nationale.

Et la coordination entre gouvernements et la BCE est une idée maintenant bien acceptée. Il faut la mettre en musique, tout en maintenant l'indépendance.

Je me demande quand même quelles sont exactement les "perspectives diplomatiques" que l'essor de l'euro implique. Que cela implique des changements des politiques nationales obsédées par le taux de change et la compétitivité, pourquoi pas, mais c'était le cas avant l'euro. Pour le reste, quelle est exactement la "diplomatie du dollar"? les pays qui se dollarisent, comme l'Equateur? Mais de fait, il y a beaucoup de pays "euro-isés déjà, que ce soit les pays dans l'orbite de l'UE ou les pays de la zone franc CFA. Là encore, pas tellement de changements à noter...

Ceux qui auront lu mes précédents commentaires et articles sur la finance et la monnaie ne seront pas surpris du fait que je ne puisse absolument pas partager la théorie de Jouyet.

Mais j'avoue me sentir assez mal armé pour en débattre dans le détail sans commencer par définir ce qu'est une monnaie, la relation entre création de valeur et création de monnaie, et le rôle des déficits publics dans l'évolution de la masse monétaire. Et Publius n'a à priori pas la chance de disposer de lecteurs économistes réguliers enclins à étayer au besoin par la contradiction les raisonnements de ce genre qui pourraient être ici tenus, donc..

Je me limiterais donc à une affirmation : la "force" de l'Euro n'est que purement conjoncturelle : dans quelques années, les monnaies des pays émergents fourniront de bien meilleurs supports à l'épargne européenne que l'euro (sauf très improbable "réforme" des économies européennes)

Encore un thème pour lequel il est préférable de regarder ailleurs.

Le TCE nous est imposé après rejet référendaire, passons.

Le taux de change n'est pas géré et finit par gêner même l'économie allemande (8 000 suppressions d'emploi chez BMW en décembre)? Pas grave, il faut se décrisper et regarder ailleurs.

Avec l'Europe il faut se relaxer, relayer la gentille propagande et oublier tout ce que l'on a appris de sérieux. Joli projet.

Non sans quelque esprit de contradiction, je ferais une observation qui a quelque rapport avec ce qu'observe Edgar : l'Euro ne sera pas de sitôt l'unique monnaie ayant cours en europe : tant que subsistera notamment la livre anglaise, mais aussi, l'une ou l'autre des monnaies nationales des états-membres de taille non-négligeable d'un point de vue économie, il restera possible d'employer l'une ou l'autre de ces monnaies pour les investissements.

Ce point n'a pas grande importance tant que les politiques économiques des états-membres ne divergent pas trop les unes des autres, c'est à dire, tant que les dépendances des économies des différents membres de l'Union restent approximativement similairement dépendantes aux importations (hydrocarbures, matières premières, technologies et brevets). Mais à supposer qu'une économie parmi celles de taille significative de celle de l'Union, disposant encore de sa propre monnaie, décidait de se désolidariser du destin commun (par exemple, en mettant le paquet sur les énergies renouvelables, ou la hauite technologie et la propriété industrielle), il serait alors possible pour le gouvernement de cette économie d'obtenir les bénéfices de l'euro fort par le commerce intérieur et les béfécices d'une monnaie nationale faible par des exportations de produits réalisés dans le cadre de son économie nationale, bénéfices dépendants effectivement du dégré d'indépendance aux importations (hors UE ou in-UE) de l'économie nationale.

Vous l'aurez remarqué : le Royaume-Uni semble un candidat plausible pour ce scénario. Je considère, personnellement, que la Turquie est aussi candidate au scénario même si elle n'appartient pas à l'U.E. (l'interconnexion de son économie avec celle de l'UE étant déjà très importante). Ce scénario reste plausible dans d'autres états-membres, notamment, les récents et futurs recalése de la zone Euro.

Gus, je crois qu'il faut que tu nous la refasses ta démo. tu vises l'Allemagne qui "met le paquet" sur les machines-outils ?

Non : l'Allemagne a toujours été exemplaire et a toujours joué le jeu européen. Eux ont eu le courage de chercher des moyens de maintenir leur modèle de société dans le cadre et l'esprit des règles de l'Union. En choisissant de surfer sur les "machines de la croissance" (grues, machines-outils, structures), l'Allemagne s'est donnée les moyens d'entretenir une réelle capacité industrielle dans des secteurs difficiles à investir pour les aventuriers des pays émergents non pas à cause des difficultés techniques de réalisation, mais à cause de l'importance de la réputation de fiabilité du fournisseur aux yeux des clients. L'air de rien, quand on achète une grue de chantier, on hésite à acheter du chinois pas cher face à une machine deux fois plus chère, mais vendue par une entreprise qui est leader mondial sur son marché et a zéro incident connu sur X années sur l'ensemble de son parc. Leçon d'économie que nos politiciens gagneraient à méditer, enfin, bref. On pourrait aussi citer les stratégies des pays nordiques (par exemple, l'investissement massif de l'industrie finlandaise dans le GSM, etc..)

Par contre, à défaut de trouver une stratégie industrielle viable, il reste possible, comme en France, de brasser de l'air, ou, dans les pays plus libéraux, de tenter de tirer un maximum de profit des techniques d'ingénierie financière, par exemple, en jonglant sur une monnaie nationale faible (avec laquelle on paie les salaires, donc, les travailleurs) et une monnaie européenne forte, dans laquelle on vend ses produits sur le marché commun : exemple-type : les services financiers dont un maximum d'activité coûteuses en main d'oeuvre sont réalisés à Londres.

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