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09 décembre 2007

Quelle Union de la Méditerranée ?

Au cours de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait lancé l'idée d'une Union de la Méditerranée. Voici ce qu'il en disait par exemple lors d'un discours de campagne à Madrid le 27 février dernier :

Le dialogue Euro-méditerranéen imaginé il y a 12 ans à Barcelone par bien des aspects n’a pas atteint ses objectifs. L’échec était prévisible dès lors que la priorité de l’Europe était à l’est. L’échec était prévisible dès lors que le commerce avait pris seul le pas sur tout le reste alors que c’est la coopération qui doit être la priorité absolue. L’échec était prévisible dès lors qu’il s’agissait une fois de plus de faire dialoguer le Nord et le Sud, en perpétuant cette frontière invisible qui depuis si longtemps coupe en deux la Méditerranée et en continuant d’opposer ses deux rives au lieu de les unir. Le dialogue entre l’Europe et la Méditerranée est capital. Mais il ne peut pas réussir s’il s’agit seulement de faire dialoguer l’Union Européenne avec l’Afrique du Nord.

Je propose que l’on prenne le problème autrement. C’est d’abord aux pays méditerranéens eux-mêmes de prendre en main la destinée que la géographie et l’histoire leur ont préparée et d’entraîner à leur suite les continents. C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, d’une Union Méditerranéenne comme elle prit jadis l’initiative de construire l’Union européenne. Cette Union Méditerranéenne aura vocation à travailler de plus en étroitement avec l’Union Européenne. Elle aura vocation un jour à avoir avec elle des institutions communes parce que la Méditerranée et l’Europe auront pris conscience que leurs destins sont liés.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien. Un système de sécurité collective lui permettrait de garantir la paix autrement que par la course aux armements et l’intimidation.

La Méditerranée a besoin d’investissements dans les infrastructures. Elle a besoin d’une gestion commune de l’eau, d’une politique commune de la mer, d’une politique commune des migrations, d’une politique commune de l’énergie, d’une politique commune du patrimoine, du tourisme, de la recherche.

Et c’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c'est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble.

Mais la plus belle perspective pour la France comme pour l’Espagne, est dans le grand large. Si je suis élu je proposerai à tous les pays de la Méditerranée de jeter les bases d’une Union Méditerranéenne comme jadis la France a proposé aux peuples européens de construire l’Europe. En ressuscitant le rêve méditerranéen nous ressusciterons le rêve européen.

Les développements plus récents de cette idée - annoncés lors d'une visite d'Etat au Maroc ou lors du dernier sommet Euromed à Lisbonne - précisent l'ambition, sans en lever toutefois toutes les zones de flou. L'Union de la Méditerranée ne remettrait pas en cause les deux politiques européennes déjà existantes (Euromed et la politique de voisinage), mais viendrait en quelques sortes les complèter. Un flou - qui agace d'ailleurs la chancelière Merkel - existe en revanche toujours sur la participation de l'Union européenne. Les 27 prendront-ils part dans leur ensemble à cette nouvelle politique ou sera-t-elle réservée aux seuls pays riverains de la Méditerranée comme le laissait entendre Sarkozy dans son discours de Madrid ? Pour le moment, la France semble proposer une participation en tant qu'observateurs des pays non-riverains de la Méditerranée, avec en revanche la participation à part entière de la Commission européenne aux côtés des Etats méditerranéens, ainsi que de la Ligue arabe. Le projet s'oriente vers la combinaison d'un "G-Med", sorte de forum de rencontre annuel ou bi-annuel des Etats participants (sur le modèle du G8), et de projets ciblés auxquels participeraient uniquement les Etats volontaires (les idées d'une agence de l'eau chargée de lutter contre la pollution en Méditerranée ou d'une agence pour le développement des petites entreprises ont été évoquées). L'accueil reste assez mitigé sur les deux rives de la Méditerranée, autant par crainte de reproduire les erreurs qui ont conduit à l'échec du processus Euromed, que par peur d'une mainmise française sur le projet.

Il faut dire que le contexte politique a pronfondément évolué par rapport au lancement d'Euromed en 1995. A l'époque, les relations israélo-palestiniennes, suite aux accords d'Oslo, semblaient permettre le lancement d'un processus ambitieux concernant l'ensemble des pays riverains. Pourtant, assez rapidement, avec l'assassinat de Rabin et le retour du Likoud au pouvoir, la machine s'est grippée, et quasiment tout le volet politique du processus de Barcelone est tombé à l'eau, les accords bilatéraux reprenant le dessus sur le cadre multilatéral. Depuis, de la deuxième Intifada à la logique de guerre contre le terrorisme post-11 septembre, le contexte politique s'est encore plus tendu. Il est devenu difficile d'imaginer un vaste cadre multilatéral qui puisse déboucher sur du concret. D'où, sans doute, le recentrage sur des projets particuliers de la proposition française.

La situation économique ne se porte pas forcément mieux. Depuis 1995, la part des échanges inter-méditerranéens dans le commerce mondial a ainsi diminué. On est encore loin de l'objectif d'une zone de libre-échange méditerranéenne initialement prévue pour 2010. De plus, la part des échanges des pays de la rive Sud entre eux ne représente que 6 à 7% de leur commerce international. La relation commerciale - et donc politique - est essentiellement verticale, entre rive Nord et rive Sud. Le processus de Barcelone entendait y remédier, mais a échoué par le caractère le plus souvent à sens unique des propositions élaborées (financement conditionnel des paquets MEDA - 10 milliards d'euros sur 12 ans, accords commerciaux préférentiels verticaux...).

Le projet de Nicolas Sarkozy - qui entrevoyait dans son discours de Madrid les raisons des difficultés d'Euromed - pourra-t-il aider à inverser la logique actuelle des relations au sein du bassin méditerranéen ? L'idée de reprendre les coopérations par la base - autour de projets concrets - plutôt que d'imaginer un nouveau "rêve" grandiose qui résoudrait toutes les questions à la fois peut paraître un gage de sérieux. Comme si au discours de campagne, sans doute d'inspiration guainiste (la pique contre l'élargissement à l'Est en atteste quand on connaît le personnage), avait succédé une approche plus réaliste, reprenant une démarche fonctionnaliste qui a finalement mieux réussi à l'Europe que les grands projets trop parfaits. Reste à espérer que la recherche de visibilité médiatique contenue dans le gadget du G-Med ne prendra pas le pas sur les coopérations plus concrètes et moins ambitieuses.

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Voici les sites qui parlent de Quelle Union de la Méditerranée ?:

Commentaires

Je ne suis pas expert du sujet, mais il me semble que le libre-échange à l'européenne n'a jamais été l'objectif de la plupart des pays méditerranéens d'Afrique : notamment, ni la Maroc, ni l'Algérie, ni la Lybie, ni la Tunisie n'acceptent l'idée de soumettre à la concurrence internationale les services de distribution d'eau, ou autres matières dites "de Singapour" en jargon OMC, au motif que la sécurisation de tels services est vitale pour la population. La lettre du discours de Sarkozy est d'ailleurs à double sens à ce sujet et je ne suis pas réellement convaincu que le message selon lequel nul ne veut vitabelement dépendre pour ses approvisionnements en eau de son voisin ait été bien compris.

La ridicule insistance de la Commission Européenne sur ces questions est certainement ce qui aura causé le plus de tort à l'image de l'europe dans les régions africaines et moyen-orientales, même si elle aura grandement aidé à la naissance de l'Union de Maghreb Arabe ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_du_Maghreb_arabe ), précisément destiné à gérer ces aspects hors de la vue des pays occidentaux. C'est dans le contexte de la consolidation de de l'UMA qu'il faut apprécier les limites de la proposition de Sarkozy. Et constater que les politiques européennes ne sont pas en danger : elles sont juste mortes-nées, du moins, du Liban à la Mauritanie.

Par ailleurs, les pays mediterranéens d'Afrique ont un problème difficile : ils ne peuvent pas aussi facilement qu'ils le souhaiteraient commercer avec la Chine, géographie oblige. L'enjeu pour elles est donc plutôt de tisser des liens avec l'Egypte et le Soudan plutôt qu'avec le Moyen-Orient.

Il y a selon moi fort à parier que les idéaux pan-arabes de feu Nasser retrouvent une évidente vigueur, ne serait-ce que parce qu'ils permettront à l'Algérie et la Tunisie de réaffirmer la domination de la fraction arabo-musulmane de la population sur le territoire, avec le soutien parfois inconscient des préjugés européens.

Il ne faut pas oublier que, contrairement à ce qu'on enseigne à l'école en France, les populations d'Afrique du Nord ne sont ni exclusivement arabes, ni exclusivement musulmanes : de ce fait, une politique internationale centrée sur le dialogue inter-étatique est un moyen comme un autre, pour des pouvoirs arabes, de profiter de l'aura de légitimité qu'elle procure sur la population, ainsi que d'un accès au matériel militaire et de maintien de l'ordre sophistiqué qui est une des spécialités françaises.

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