Accord de libre-échange entre les Caraïbes et l'Union
Vous l'aurez certainement compris : tout l'enjeu du dernier sommet entre Union et Afrique si peu couvert par la blogosphère européenne était pour l'Union de parvenir à imposer le libre-échange à des nations qui ne le désiraient pas.
Deux raisons essentielles présidaient à ce refus :
La première est que ces états, assez peu développés, laissent de fait se developper leur commerce intérieur sans la moindre entrave et notamment, sans TVA. Ainsi se privent-ils de cet instrument fiscal qui est la première source de revenus des grands états. En contrepartie de quoi, ils perçoivent d'importants, voire de très importants droits de douane sur les produits importés, c'est à dire, entre 80 et 99% des échanges intérieurs. Vu sous cet angle, droits et douane et TVA étaient à peu près équivalents fonctionnellement à la TVA. Mais l'Union ne veut rien entendre de cet argument.
La seconde est que l'Union, tirant quelques leçons du passé et notamment des résistances civiles à la libéralisation obligatoire des services publics (dans le cadre de la construction du marché intérieur), considère qu'un traité de libre-échange doit inclure une concurrence libre et non-faussée y compris dans le domaine de la fourniture des services vitaux : eau, électricité et assainissement notamment. Ainsi, les états signataires de ces accords de libre-échange doivent accepter de s'interdire de construire des réseaux de distribution d'eau, d'électricité, ou d'assainissement. Quelles qu'en soient les conséquences, y compris sanitaires, de malnutrition ou d'inconfort pour les populations concernées, les plus pauvres et les plus faibles étant invariablement les premières touchées. En ces matières comme en tout autre, l'Union imposera aux signataires de faire confiance au marché et rien qu'au marché.
C'est donc en notre nom à tous, et, prochainement, en vertu de sa personnalité juridique propre que l'Union pourra, conformément à une interprétation particulièrement réductrice de la vulgate libérale, aider les géants de l'agriculture implantés dans ces pays à grandir tout en condamnant les plus faibles et les plus pauvres à un destin auquel seul ce qu'impose l'Union les condamne.
Je pose alors cette question : est-il plus honteux de recevoir un dictateur qui s'assume que de cautionner par son silence l'action de l'entité supra-gouvernementale citée comme instrument du progrès social lorsque cette entité fait explicitement pression sur les gouvernements des états les moins developpés pour qu'ils s'interdisent de rendre service aux plus faibles des citoyens qu'il a pour mission de protéger ? En un mot, est-il si urgent de donner à l'Union les moyens de parler au nom des citoyens européens lorsque celle-ci se comporte plus mal encore que les anciennes nations coloniales ?

Bravo. Il est urgent d'écrire à nos parlementaires pour qu'ils refusent le TCE bis !
Rédigé par: edgar | le 17 décembre 2007 à 11:49