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27 juin 2007

De la difficulté d'être dedans et dehors en même temps

La Grande-Bretagne est européenne, même si elle ne le sait pas encore. Il reviendra à Gordon Brown de le lui apprendre.

Valéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il récite sa biographie à la radio, ne mentionne même plus son passage par l’Elysée et se concentre sur sa présidence de la Convention européenne. Modestie ou simple trou de mémoire, le débat est ouvert. La seconde hypothèse est néanmoins la plus probable, compte tenu de l’âge avancé de l’inventeur du « bon choix » électoral et de son goût pour ce qui brille.

Invité ce matin de France Inter, le « founding father » en chef a commencé son intervention en déplorant la perte de substance « métaphysique » de l’Union, l’abandon de symboles comme le drapeau, l’hymne ou le poste de ministre des Affaires étrangères étant plus préoccupant qu’on ne le dit. De fait, je suis assez d’accord avec lui, même si l'on sombre un peu dans l'hyperbole dans le contexte d’un traité entre Etats. Soit l’Europe reste un projet à vocation ultimement fédérale, auquel cas, oui, les symboles de cette nature sont aussi importants qu’à l’échelon national, soit elle n’est plus qu’une zone de libre échange destinée à se fondre, à plus ou moins long terme, dans un ensemble économique de dimension planétaire basé sur les relations commerciales.

Je maintiens que, pour tous les problèmes traversés, pour tous les doutes, pour tout le découragement d’avocats historiques du fédéralisme en France, les Rocard, les Delors, les Bayrou, nous sommes toujours dans la perspective initiale. L’UE n’est ni l’AELE, cette micro zone économique un temps sa concurrente, ni l’ALENA nord-américaine, ni l’ASEAN asiatique, ni même le MERCOSUR latin mais bien un projet d’inspiration politique né d’une ambition de réconciliation, de fusion même, plutôt que d’un simple désir de faciliter le transit des poids lourds. Ok, ok, nous traversons peut-être l’une de ces périodes difficiles dont l’histoire du continent est constellée, mais nous la surmonterons, comme les Polonais finiront par se débarrasser des affreux petits jumeaux qui se partagent le pouvoir chez eux.

En cela, l’ex-président et moi-même sommes d’accord (je suis certain que ça lui fera bien plaisir lorsqu’il l’apprendra, je sais que mon avis compte beaucoup pour lui) : vive la métaphysique communautaire ! Là où je ne suis plus d’accord, mais alors plus du tout, avec notre virtuose de l’accordéon, c’est lorsqu’il célèbre le départ de Tony Blair en suggérant que la Grande-Bretagne est désormais une nation « périphérique » de l’UE et qu’il faudra bien en tirer des conséquences définitives. Spécialistes de l’opting out, les Britanniques ne sont pas dans Schengen, ignorent l’euro, se fichent comme d’une guigne de la Charte des droits fondamentaux... Bref, ils ne font rien comme les autres et il faudrait donc se débrouiller pour les mettre, gentiment mais fermement, à la porte. N’est-il pas question, d’ailleurs, de créer une sorte d’EU de consolation pour les ceusses qui ne disposeraient pas du bon code génétique, les Turcs, les Ukrainiens, les Moldaves, les Syldaves ? Pourquoi ne pas proposer à Gordon Brown de les rejoindre ? Ce serait si sympathique.

Pourquoi ? Parce que ce serait stupide. Bon, c'est vrai, le peu d’enthousiasme de la Grande-Bretagne à l’égard de l’Europe est patent. Mais seriez-vous enthousiastes, vous-mêmes, si vous viviez dans un pays de plein emploi, de croissance et de stabilité politique et que l’on vous proposait de vous fondre dans un ensemble frappé par le chômage de masse, au PIB anémique et gouverné par des coalitions constamment reconfigurées ? On imagine aisément que, si les situations étaient inversées, ce qu’elles risquent d’ailleurs d’être dans les années qui viennent, le désir d’intégration soit plus grand. La Grande-Bretagne n’est entrée dans l’Europe que lorsqu’elle en a ressenti le besoin et chacune de ses avancées s’est faite sous la pression des faits.

De nombreux politiques locaux cultivent le mythe de la « relation spéciale » aux Etats-Unis, laquelle est censée offrir à Londres le statut de pont entre les deux rives de l’Atlantique. La langue, la culture, le système juridique ne lient-ils pas les deux pays de manière intime ? « Bullshit ! » répond Anthony Giddens, le cerveau derrière le blairisme. L’anglais ? Tout le monde le parle désormais, même les présidents français. La culture ? Allez causer des Angles ou des Saxons avec un congressman d’origine mexicaine ou coréenne : les Etats-Unis, à l’inverse de la France, n’ont pas de ministère de l’Identité nationale pour préserver leur intégrité culturelle à travers les siècles. Le système juridique ? Hum, les cabinets américains sont en train d’implanter le leur jusque chez les résistants gaulois...

De toute manière, poursuit Giddens, on ne peut pas prétendre être un pont tout en faisant partie de l’un ou l’autre des bords que l’on relie. Et si la Grande-Bretagne doit vraiment jouer les aqueducs, elle finira par se retrouver totalement isolée, comme ces vieilles routes nationales que plus personne n’utilise depuis que l’autoroute est terminée. La Grande-Bretagne (demandez leur avis aux Ecossais, aux Irlandais du nord, aux Gallois...) est européenne. Elle est européenne géographiquement, institutionnellement, économiquement, historiquement : tous les « ments » possibles et imaginables sont applicables.

Mais ce n’est pas tout. Incapable de survivre sans ses cousins du continent, elle nous manquerait cruellement si elle venait à s’isoler complètement. Hey, où la droite française irait-elle chercher son inspiration sans le Labour ? Et, symétriquement, où le PS irait-il copier l’incapacité à désigner un leader, établir une doctrine et perdre toutes les élections sans les Tories ?

La Grande-Bretagne est européenne, donc, et il reviendra à Gordon Brown de faire passer le message. Il aura du mal, sans doute, mais pas tant que ça compte tenu de la manière dont la relation spéciale avec le Texas a gâché l’héritage de son prédécesseur ces dernières années. Mais, vu le boulot déjà accompli par le partant, il pourra se concentrer là-dessus. C’est mon pari. Sa réputation d’eurosceptique ne le sert pas, c’est sûr, mais l’on dit le Britannique pragmatique. Si c’est le cas, la métaphysique suivra.

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Voici les sites qui parlent de De la difficulté d'être dedans et dehors en même temps:

Commentaires

"Pourquoi ? Parce que ce serait stupide. "

Euh... ah bon ? Parce que donner à un gouvernement le pouvoir de passer un temps considérable à tenter de vider la Charte de sa substance, ce que l'on accepte en partie, pour au final dire que de toute manière elle ne s'appliquera pas à lui en quoi est-ce intelligent ?

L'appartenance à l'Union permet au gouvernement britannique de participer à la définition de règles qu'il n'a pas l'intention de s'appliquer à lui-même. En ce sens il me semble préférable d'avoir le Royaume-Uni dans la situation de la Norvège ou de la Suisse qui participent aux politiques communautaires qu'elles souhaitent sans pour autant gêner les membres de l'Union dans la définition de celles-ci.

Cette situation me semble préférable pour tout le monde. Pourquoi s'encombrer des britanniques qui ne payent même pas la part qu'ils doivent au budget européen ?

Heureux de vous revoir par ici, Hugues.

L'U.E. a peut-être quelque chose à apprendre de l'Amérique du Sud : en effet, y coexistent deux espaces inter-gouvernementales (en l'occurence CAN et MERCOSUR) entre lequels existe un simple accord de libre-échange, excluant notamment les aspects liés à la propriété intellectuelle, les investissements et les achats publics, sujets toujours sensibles entre les pays latino-américains.

Ainsi coexistent au sein d'un espace ayant indéniablement sa cohérence géographique propres plusieurs logiques politiques.

à moins qu'il ne s'agisse pour une partie de l'europe d'imposer sa vérité au reste du monde. N'oublions pas de notre histoire toutes les fois si fréquentes où cette tentation poussa l'une ou l'autre des nations aux pires extrémités.

Ca fait tellement de bien de lire un article avec lequel on est d'accord de bout en bout, pas du tout productif d'accord, mais c'est tellement narcissique comme plaisir...

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