Le oui à 56%
(Via Coulisses de Bruxelles) L'Eurobaromètre, le suivi de l'opinion publique dans l'UE diligenté à la demande la Commission révèle dans se dernière livraison qu'à la question « d’après ce que vous en savez, diriez-vous que vous êtes favorable ou opposé (e) à la Constitution européenne », 56% des Français répondent oui, et à la même question, 59% des Hollandais.
Le oui était déjà passé en tête dans le précédent sondage, mais n'était qu'à 51%.
Le seul pays en dessous des 50% est le Royaume-Uni, à 40%. A noter que la Turquie est également noniste, à 47% de oui seulement (mais j'ignore le pourcentage de ne sait pas, qui doit être assez élevé).
Le Traité n'ayant pas changé d'un iota, et sauf à retenir l'hypothèse d'un lavage de cerveau à grande échelle, les raisons de ce renversement de tendance ne sont pas bien compliquées à identifier.
A mon sens, les principales sont purement internes : comme le souligne Jean Quatremer, Raffarin est enfin parti, la situation économique s'est nettement améliorée (sans que le non y soit pour quelque chose), et Chirac semble être sur le départ.
Le camp du non a maintenant démontré son incapacité à proposer quoi que ce soit à la place de ce traité, les leaders de la campagne étant balayés : Laurent Fabius a échoué à être candidat du PS, Chevènement s'est rallié à Ségolène Royal en échange de sa circonscription de Belfort, Villiers n'est pas sûr d'avoir ses 500 signatures, quant à la gauche alter, tout le monde est d'accord pour qu'il n'y ait qu'un chef, mais tout le monde veut être le chef. Seul Le Pen s'en sort plutôt bien, mais son engagement pour le non tenait plus du réflexe pavlovien que de la critique de ce texte.
Au niveau européen, la donne a aussi changé : 16 pays ont ratifié le traité, dont deux par referendum, le Luxembourg et l'Espagne, soit plus de la moitié de la population européenne. Les peurs françaises ne semblent pas avoir effrayé le reste de l'Europe. Les électeurs s'étant cru clairvoyant commencent à se demander si on ne leur a pas fait peur avec leur propre ombre.
Qu'en tirer comme conséquence ?
Aucune définitive. Un sondage ne remet pas en cause un referendum, et tenter de faire passer ce traité par un nouveau referendum ou par la voie parlementaire serait moralement critiquable.
Mais au moins, cela légitime la volonté marquée par la commission de relancer un processus de réforme du fonctionnement des institutions issues du Traité de Nice dans lequel les non français et bataves ont bloqué l'Union. Espérons que l'Europe, assurément la grande absente de cette campagne présidentielle, redeviendra une priorité pour le canidat élu en mai prochain.


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