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30 juin 2006

Publius n'est pas mort

Publius n'est pas mort. Merci de vos commentaires et emails, reçus après ce funeste billet que beaucoup d'entre vous ont pris comme un acte de décès définitif.

Nous avons trouvé un chevalier blanc, qui va permettre de maintenir en ligne nos précieuses archives (les 15.000 commentaires déposés au cours de la campagne de l'année dernière seraient un bon sujet d'étude sociologique), et nous fournir une plate-forme moins coûteuse, gratuite, même. Il va juste vous falloir noter dans vos tablettes l'adresse www.publius.fr, et oublier bientôt publiusleuropeen.typepad.com, mettre à jour vos flux RSS. Nous allons déménager.

Ce déménagement sera l'occasion d'un redémarrage, beaucoup d'entre nous le souhaitent. Cela passe par l'intégration de nouveaux auteurs. Ceux qui souhaitent participer à l'aventure et écrire avec nous sont les bienvenus. L'idée est de respecter l'esprit qui a présidé à la fondation de cet espace. Ca fera peut-être plaisir à Brice Couturier, qui nous avait cité récemment (le 15 juin dernier) dans Cause Commune.

Il suffit de nous écrire. Et on discute.

13 juin 2006

Suez, GDF, Enel : la CECA revisitée ?

Villepin s’est débrouillé pour transformer une opération de consolidation de l’énergie européenne en nouvel avatar du nationalisme économique à la française. Il n’est pourtant pas trop tard pour renverser la vapeur (sic), le gaz et l’électricité valant bien l’acier et le charbon en termes de stimulation communautaire...

L’indépendance énergétique de la France passe-t-elle par le contrôle de l’électricité belge ? Il semble bien que oui, à en croire l’ami Villepin, lequel sera bientôt le dernier à militer pour un rapprochement GDF-Suez en réaction aux prétentions de l’Italien Enel.

Pourtant, et au-delà de son approche nationaliste, mesquine et antihistorique de l’économie, le gandin de Matignon n’est pas totalement dans l’erreur : les entreprises européennes achetant leur gaz aux mêmes fournisseurs russes, africains ou moyen-orientaux, une petite vague de consolidation ne ferait pas de mal à leur puissance de négociation. Et leur capacité à parler d’égal à égal avec Gazprom, plutôt que de lui rendre visite en ordre dispersé, chapeau bas et chéquier en main, serait le meilleur moyen d’éviter une hausse non-maîtrisée des factures de chauffage dans l’Union. Une fusion de GDF et de Suez, de ce point de vue, « ferait sens » ― comme disent les journalistes des Echos lorsqu’ils singent leurs confrères du FT.

Mais l’on voit mal, dans ce contexte, en quoi l’initiative des Italiens constitue un tel scandale. Enel est une société respectable, opérant dans un pays que son allergie au nucléaire rend particulièrement vulnérable aux variations des tarifs énergétiques sur les marchés internationaux. Du coup, il est logique de la voir s’intéresser à Suez, conglomérat hétéroclite dont l’activité électrique et gazière se résume au contrôle d’Electrabel, équivalent belge d'EDF et géant de l'atome... La société transalpine se propose donc de racheter le groupe français, de céder ses divisions de gestion de l’eau et de traitement des déchets ― véritables spécialités de l’ex-Lyonnaise des Eaux ― et de fusionner ses propres activités énergétiques avec celles d’Electrabel. Ouf... Tout le monde suit ?

Sauf à considérer que l’Etat français est dans son rôle lorsqu’il défend les intérêts d’un Français face à un Italien dans un pays tiers, bloquant au passage l’émergence d’entités paneuropéennes solides, la position de Villepin est indéfendable. Toutefois, s'il est admis que la volonté des parties en présence d'atteindre la « taille critique » est légitime, aider Suez à rester un acteur énergétique et prévenir l’isolement international de GDF est concevable... D’où l’évidence d’une fusion des trois entités ― fusion bien plus susceptible de « créer de la valeur » et du « sens » que les batailles boursières qui s’annoncent et leur cortège d'honoraires légaux ou de cadeaux aux actionnaires.

Jean-François Cirelli, le patron de GDF, avait d'ailleurs évoqué cette piste il y a quelques semaines. Mais elle semble ne pas avoir été retenue. Son homologue de Suez, Gérard Mestrallet, étant un proche de Chirac, il est possible que la position gouvernementale ait été, comment dire, légèrement influencée par des considérations assez éloignées de l’intérêt européen, voire simplement national. Le président, on le sait, s’il ne tient pas ses promesses aux Français, est au moins fidèle en amitié.

Serait-il pourtant inenvisageable de s’inspirer de l’une des initiatives fondatrices de l’Union, la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) pour en appliquer les principes au domaine énergétique, les mêmes causes étant susceptibles de produire les mêmes effets ? Dans cette Union en panne, sans horizon politique, sans projet, permettre à des entreprises de se développer librement sur l’ensemble du continent tout en transférant la défense de l’indépendance de nos approvisionnements en énergies fossiles à l’échelon européen me semble une option assez séduisante – sinon indispensable.

Mais bon, Chirac et Villepin, voire les électriciens-gaziers de la CGT, dont on connaît l'indéfectible attachement à la cause de l’intégration européenne, trouveront probablement l’idée saugrenue, ni les stock-options de Mestrallet ni les intérêts corporatistes camouflés en défense du service public n’étant assurés de perdurer dans cette hypothèse. Encore que, pour nos amis syndicalistes, la référence à Lénine puisse éventuellement servir d’argument-massue : « Le communisme, c’est les soviets plus l’électricité », affirmait en effet le papa du bolchevisme !

05 juin 2006

Publius, et après ?

Voilà. Un an, donc.

Ce blog a été lancé en novembre 2004, et a joué un rôle pendant la campagne du referendum. Depuis, cela est flagrant, nous cherchons notre voie, alternant périodes de calme et regains d'intérêt. L'audience, depuis l'échauffement incroyable de début 2005, est un peu retombée, sans être nulle : de nombreux fidèles lecteurs scrutent encore ce qui demeure un lieu d'échange et d'information.

Publius a joué un rôle. Je pense pouvoir dire, sans trop de prétention, que nous avons ouvert une voie à d'autres, en montrant qu'il était possible de parler largement d'Europe, sans être intransigeant ni béat, ouvert à l'échange, exigeant sur la réalité, en apportant une valeur au débat. Depuis le referendum, de nombreux blogs ont émergé, et une petite euro-blogosphère a germé. Le referendum aura d'ailleurs eu cette vertu : révéler au plus grand nombre l'importance de ce nouvel espace de débat et de mobilisation qu'est internet.

De notre coté, auteurs et initiateurs de ce projet, nous avons tous une actualité professionnelle chargée. Nous ne sommes pas des professionnels de l'Europe, ni de la politique, mais de simples citoyens, qui, avec la lumière de notre expertise ou de notre volonté, avons voulu, à un moment, apporter notre pierre à un débat majeur. Nous n'avons plus vraiment le temps ou l'énergie pour prolonger cette intention dans un projet qui s'engage sur la durée. Je crois pouvoir dire que nos convictions européennes restent, mais que le quotidien nous rattrape, tout simplement.

Je voudrais remercier tous ceux qui ont participé à cette aventure d'une richesse incroyable. Les fondateurs de la première heure, qui ont répondu à un petit appel lancé sur un obscur blog en octobre 2004 ; ceux qui nous ont rejoint par la suite, avant ou après le vote du 29 mai ; les commentateurs hyperactifs du site, qui ont déposé des milliers de commentaires en quelques mois, les visiteurs anonymes (500.000 au bas mot) qui sont passés sur ces modestes pages. A titre tout à fait personnel, je voudrais remercier et féliciter a fistful of euros, inspirateur de première date de ce site et qui, bon an mal an, tient son exemplarité de blog pan-européen, contribuant à sa façon à faire émerger un embryon d'opinion publique européenne.

Publius, dans sa forme actuelle, devrait donc sans doute s'arrêter sous peu. Poster une note tous les quinze jours est indigne de l'exigence que nous avons pour ce site. Nous aimerions étudier, avec toute personne ou organisation qui serait intéressée, la manière de prolonger cette histoire dans l'esprit qui a présidé à sa création et à son succès : ouverture et pluralisme, exigence et réalisme, concentration sur les affaires européennes.

Vous pouvez nous contacter à publius.europe@gmail.com