Voici la nouvelle chronique européenne de Baudoin Bollaert, avec EuropaNova.
L’affaire de la TVA à taux réduit, renvoyée au Conseil européen des 15 et 16 décembre prochains à Bruxelles, est pleine d’enseignements.
1°) Sur le plan institutionnel.
Il s’avère une fois de plus que la règle de l’unanimité appliquée à la fiscalité n’est pas forcément le bouclier vanté par les partisans de l’Europe des Etats, autrement dit les défenseurs de la méthode intergouvernementale par opposition à ceux de la méthode communautaire.
La France demande une TVA de 5,5% pour ses restaurateurs et la prorogation de ce taux réduit pour les entreprises du bâtiment. Une proposition en ce sens a été déposée au dernier Conseil Ecofin par la présidence britannique et acceptée par une majorité de pays. Mais l’Allemagne - ce pourrait être un autre Etat membre dans des circonstances différentes - se fait tirer l’oreille, hésite et gagne du temps.
Rien ne dit que le gouvernement d’Angela Merkel ne donnera pas finalement son accord lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de Bruxelles. Mais il est certain que si la règle de la majorité qualifiée s’appliquait à la fiscalité, comme à tant d’autres secteurs du marché intérieur européen, la France aurait déjà obtenu satisfaction. Et, du coup, les restaurateurs n’accuseraient pas Jacques Chirac de renier ses promesses électorales…
2°) Sur le plan des relations franco-allemandes.
Au lieu de mener des politiques économiques convergentes, Paris et Berlin empruntent des chemins opposés.
D’une part, entièrement concentré sur sa lutte contre le chômage, le gouvernement de Dominique de Villepin voit dans la restauration comme dans les métiers du bâtiment des gisements d’emplois qu’une baisse de la TVA ne pourra que développer.
D’autre part, obnubilé par la courbe des déficits publics et de la dette du Bund, le gouvernement d’Angela Merkel entend d’autant moins toucher à ses recettes fiscales que l’accord de coalition entre la CDU/CSU et le SPD prévoit justement une hausse de 3 points du taux normal de TVA. Or, dit-on à Berlin, une baisse de celle-ci en France ou dans d’autres pays de l’Union donnerait de mauvaises idées à certains groupes d’intérêts allemands…
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