Allez, je vais tenter de concurrencer Eolas sur son terrain avec une petite note qui devrait ravir les électeurs du non.
Dans un article intitulé Le non français fait aussi des heureux, La Tribune de ce matin évoque les réactions dans trois capitales qui se satisfont, plus ou moins officieusement, du non français. L'intertitre est plus explicite : Londres, Varsovie et Ankara ont des motifs de satisfaction.
Comme attendu, Jean-Pierre Raffarin a démissionné, et le président de la République a nommé Dominique de Villepin pour le remplacer. Dans son allocution télévisée de ce soir, il a clairement associé Villepin et Sarkozy. C'est donc le nouveau tandem qui va renégocier, dénégocier ou chercher en tous cas à convaincre les autres membres de l'Union que la France n'a pas dit non à la construction européenne.
[Suite à des problèmes de transcription des accents dans la première version, je republie ma note sur la poursuite des ratifications. Je vais par conséquent effacer la première version - et les commentaires qui l'accompagnaient. Désolé pour la gêne occasionnée.]
Après avoir tenté une première analyse des conséquences du vote en matière de politique intérieure, je me lance cette fois-ci dans un premier commentaire européen, au sujet des procédures de ratification en cours dans les autres Etats membres.
Demain, nos amis hollandais vont, selon toute vraisemblance, opter pour le nee. A 58% ou 59% selon les derniers sondages. Le taux de participation sera à observer de près. Contrairement à la France, la tendance noniste a été très rapidement confirmée, et de plus grande ampleur. Il paraitrait logique, dès lors, que moins de hollandais ne fassent le déplacement, d'autant que le non français semble avoir agi comme le coup de grâce du camp du oui.
D'après le FT, le gouvernement britannique aurait décidé de retirer tout projet de ratification du traité, si le non l'emporte aux Pays-bas. Cette vision est en claire opposition avec les déclarations récentes de Jean-Claude Juncker ou Jose Manuel Barroso (les ratification doivent continuer), qui, si elles semblent faire consensus au sein de la commission et des institutions européennes (en tout cas officiellement), ne sont pas nécessairement partagéees au sein de nombreux Etats, notamment nordiques et anglo-saxons.
Quant à savoir ce qui sortira de cette opposition britannique, qui souhaite acter de la réalité, qui est que le processus n'irait pas à son terme après deux votes négatifs parmi les pays fondateurs, celà est une autre affaire, sur laquelle peu se risquent à des pronostics.
Signalé par Le Monde, voici une des conséquences pour le moins innatendues de ce non français : les néoconservateurs américains sont réconciliés avec la France.
"Vive la France !" , s'écrie l'un des chefs de file du mouvement, Bill Kristol, dans un éditorial du magazine Weekly Standard, écrit avant même l'annonce des résultats du dimanche 29 mai.
A l'en croire, c'est une "libération" . Il n'y a pas qu'au Proche-Orient que souffle le vent de la démocratie. En Europe aussi. On s'y libère de vieux régimes "arrogants" et "loin de la population" .
Bill Kristol met dans la même analyse Paris,
Berlin, Bruxelles et La Haye. Pour lui, c'est l'effondrement d'un
modèle. Le moment est venu maintenant pour l'Europe d'ouvrir le débat
sur "ses Etats-providence en faillite, ses économies sans
croissance qui n'encouragent pas à grimper les échelons, ses politiques
de l'immigration en faillite" (...)
Manifestement, la pluspart des régions ont voté pour le non. Seules exceptions : la région parisienne (54% pour le oui), la Bretagne (51%), les Pays de Loire (50 % et des poussières) et l'Alsace (53, 5 %).
Les Français rejettent donc ce mariage avec l'Europe. Cette Europe, nous disent au moins une partie des votants (la moitié doit nous dire l'Europe, avec un "l", mais passons). Cette Europe qui serait ultralibérale me dit l'Humanité. Cette Europe pas assez démocratique. Cette Europe qui s'est élargie trop vite. Cette Europe qui veut intégrer la Turquie. Cette Europe qui n'arrive pas à régler nos problèmes, aussi, du chômage de masse et de la stagnation économique. Cette Europe qui est trop compliquée, cette Europe qui ne respecte pas certains droits essentiels... Cette Europe, parée de maux.
Il est pour le moment encore un peu tôt pour analyser les conséquences du vote des Français sur le fonctionnement de l'Union européenne, mais je pense qu'on peut déjà tirer quelques enseignements en ce qui concerne la politique intérieure.
Henri Emmanuelli et Nicolas Sarkozy font la même analyse des résultats de ce vote : l'un appelle la gauche à être plus à gauche, l'autre la droite à être plus à droite. Ils remettent tous les deux en cause ce que j'appelle le "grand centre" (d'autres stigmatisaient il y a quelques années la "pensée unique") qui dominait la vie politique française depuis au moins 1983 et la conversion des socialistes au libéralisme économique.
Les commentaires récents