Jacques Chirac a donc annoncé lors de ses vœux aux français que le referendum se tiendrait avant l’été. Soit. Mais que nous dit-il sur ce texte ?
D’abord, il insiste sur la responsabilité des français : « vous aurez l’avenir de cette Europe entre vos mains », « vous, peuple souverain, serez appelé à choisir vous-même votre destin. ». Et, évidemment, il nous rappele que l’homme qui, dans sa grande mansuétude, nous remet ce destin entre les mains est bien notre président magnanime. On se demande s’il attend un merci, s'il se souvient de qui il tire son pouvoir. Cet homme est bien, dans son mode de gouvernance, d'ancien régime.
Sur le fond, son argumentation est très synthétique :
« En approuvant la Constitution européenne, vous permettrez à l’Europe d’être plus démocratique, plus volontaire, plus puissante. Vous la rendrez capable de progrès économiques et sociaux plus rapides. Et vous permettrez à la France de peser davantage dans l’Union. »
Sur le tryptique plus démocratique, plus volontaire, plus puissante, on est un peu déconcerté. Autant on comprend bien les avancées démocratiques du texte, réelles même si encore timides, autant je ne vois pas ce qui fait de ce traité une Europe plus volontaire. Cela relève à mon avis de l’éxécutif mis en place, du style de gouvernement plus que du cadre posé par le texte.
Quand à une Europe plus puissante, on peut le prendre comme une allusion à la nomination d’un ministre unique des affaires étrangères. Mais, sur le reste, le traité ne me semble pas donner pas plus de poids à l’Union par rapport aux Etats, ou nettement plus de compétences, d'importance à l’Union. Reste que la simplification, quelques avancées majeures, et une répartition des compétences affinées rendront le projet plus lisible, plus efficace, plus juste, mais plus puissant ?
Pour les progrès économiques et sociaux plus rapides, je pencherais volontiers dans le camp de l’optimisme en le suivant sur ce terrain, même si celà me semble relever d'un autre registre, et aucunement garanti par le texte. La charte des droits fondamentaux, les mécanismes sur les coopérations renforcées, la clarification de certains points peuvent lui donner raison. D’autres diront le contraire.
Enfin, sur le poids de la France, on est bien là dans un argument chiraquien, qui a une vision de l’Europe comme une zone d'influence française. Le traité améliore bein la qualité de la représentation française par rapport au traité de Nice, que notre cher président lui—même a signé. Dont acte.
Pour le reste de l’argumentation ? Niet nada point. Le président termine sur le fait que ce choix engage l’avenir de la France et de l’Europe, qu’il « ne devra être altéré ou détourné par aucune autre considération » (suivez mon regard). Mais d’explication plus précise, de clarification, non. De pédagogie sur l'origine et la nécessité de ce texte, de vision sur la stratégie de l'Europe, de partage sur les enjeux du scrutin, rien. Notre président nous livre trois phrases, 38 mots, 226 caractères, pas toujours à propos, sans nous éclairer, sans nous engager, et nous laisse là, avec ce fardeau, pour nous débrouiller.
Avec un tel avocat de cette cause, celle-ci est entendue, non ?

c'est bien le problème.
Rédigé par : Paxatagore | 06 janvier 2005 à 11:53
.... donc il faut anticiper un NON et commencer à construire l'après :)
~laurent
Européen convaincu ... pas par Chirac
Rédigé par : ~laurent | 06 janvier 2005 à 12:47
Une belle illustration de "Chirac dans le texte"...
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2234056268/qid=1105027623/ref=sr_8_xs_ap_i1_xgl/402-0973270-9044910
Rédigé par : alexandre delaigue | 06 janvier 2005 à 17:07
Duhamel faisait peu ou prou la même critique dans sa chronique france-culturelle de lundi (celle avec le prompteur).
Je crois quand même qu'il faut laisser (un peu) le bénéfice du doute à Chirac, compte tenu des contraintes du format : les voeux télévisés n'ont jamais été un lieu très propices aux démonstrations argumentées. D'autant que l'aspect "tour d'horizon" de l'exercice empêche de s'attarder sur un sujet précis.
Attendons la suite (un grand débat Chirac-Fabius dans le grand amphi de la Sorbonne?), même si Chirac n'inspire pas, a priori, une confiance démesurée.
Rédigé par : Emmanuel | 06 janvier 2005 à 19:39
Mais lundi matin, à l'heure de la chronique d'Olivier Duhamel, j'étais à Casablanca, en train de dormir... Désolé.
Je ne crois pas à un investissement personnel fort de Chirac sur le sujet. Ses convictions sont faibles en la matière, et il ne l'a jamais fait. J'aurais même du mal à imaginer une intervention télévisée (type interview). Pour le duel avec Fabius, celà m'étonnerait, surtout parce que le PS ne l'autoriserait jamais ! Un duel avec un autre (Villiers, Le Pen, Besancenot ou Buffet ?) est improbable.
Rédigé par : versac | 06 janvier 2005 à 20:03
Un grand débat entre Chirac et Fabius serait tout le contraire du débat de 1992 entre Mitterrand et Séguin. Je crains que, malgré le respect que m'inspire, comme à tout mes compatriotes, le président de la République, il ne fasse pas vraiment le poids, sur la finesse de l'argumentation, face à un homme aussi intelligent que Laurent Fabius (quand bien même il se trompe).
Rédigé par : Paxatagore | 06 janvier 2005 à 21:11
Hum, c'était une référence à 1992 en forme de clin d'oeil ironique de ma part. Il est évident que ce débat n'est pas prêt d'avoir lieu (je crois quand même que Chirac se fendra d'une interview télévisée : il a trop à perdre pour ne pas mouiller un minimum la chemise).
Sur un plan purement spéculatif, je crois que Paxa a tendance à sous-estimer Chirac. Après tout, le duel a déjà eu lieu, et fameusement, en 1985. Chirac l'avait emporté largement, du moins si l'on en croit le consensus journalistique d'après-débat (consensus qui n'est pas sans problème, d'ailleurs, comme l'avait montré le sociologue Patrick Champagne).
Rédigé par : Emmanuel | 06 janvier 2005 à 23:03
C'est possible. Je n'ai pas regardé le débat en question, je devais avoir 6 ans, ça ne m'a pas laissé des souvenirs impérissables.
Rédigé par : Paxatagore | 07 janvier 2005 à 07:53
La phrase qui tue...
"Le sort de la France, le sort des Français, comme le sort des Européens en général, se jouent de plus en plus au terme d'une discussion entre les dirigeants"
Jacques CHIRAC (Tokyo, 27 mars 2005)
Chirac a très bien résumé ici la dérive anti-démocratique de la mondialisation politique. Fini les peuples qui, par leurs suffrages, décident de leur avenir. Leur sort est désormais aux mains des vrais décideurs : les dirigeants et autres bureaucrates éclairés.
Chirac ne fait que confirmer ici l'importance démocratique du référendum (une chance unique d'expression du peuple sur un sujet majeur), et la nécessité de dire NON à la globalisation politique qui dilue les démocraties nationales dans un cadre euro-mondialiste de plus en plus large. Plus le cadre politique européen s'élargit, plus les européens se trouvent éloignés des centres de décision et plus leur capacité de décider de leur sort se trouve réduite. La bureaucratie et la globalisation politique européennes tuent la démocratie. Merci à Chirac de l'avoir dit si clairement. On pensait que Bayrou était le OUI-OUI le plus nul, mais à bien y réfléchir Chirac apparaît comme un sérieux challenger... Il sait trouver les mots justes pour convaincre de voter NON à la constitution européenne !
http://www.network54.com/Forum/284117
Rédigé par : bravo-chirac | 28 mars 2005 à 02:03