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24 novembre 2004

Scoop publius : Fabius se prononce pour le oui.

Monsieur Fabius a tenu un long discours sur le referendum visant à la ratification du traité.

Il a répondu, d'abord, à ceux qui abordent ce scrutin comme un choix de politique intérieure, disant que voter oui à ce traité serait voter oui au président de la République. La preuve qu'il ne s'agit pas de cela, a-t-il dit, c'est que des dirigeants de l'opposition se prononcent pour le " oui ", comme ceux de la majorité, tandis que d'autres préconisent le " non ", ce qui ne serait pas le cas s'il s'agissait d'un vote pour ou contre le maintien de la majorité en place.

L'enjeu étant l'Europe, et rien d'autre, M. Fabius a présenté le dilemme en ces termes : " Avec le " oui ", l'Europe avance. Avec le " non ", l'Europe se casse. "

Quatre aspects essentiels du traité soulèvent, selon M. Fabius, des controverses qui appellent d'inlassables mises au point.

En premier lieu, a-t-il dit, le traité organise " le passage à une union politique européenne ". "Par rapport [aux traités antérieurs], a-t-il précisé, on passe du purement commercial au politique. " Les hommes politiques appelant à voter "non" veulent-ils une Europe strictement marchande ?

A la critique portant sur l'excès de bureaucratie, M. Fabius répond en soulignant que le traité, en second lieu, comporte des moyens de remédier à ce défaut en renforçant les pouvoirs du Parlement européen et ceux des Parlements nationaux. C'est vrai : le Parlemeent européen gagne des pouvoirs en matière budgétaire, et les parlements nationaux ont un pouvoir de surveillance du droit européen.

En troisième lieu, l'indépendance de la banque centrale européenne ne pose pas plus de problème que celle du Federal Reserve aux Etats-Unis ou celle de la Bundesbank en Allemagne (avant l'euro s'entend).

En quatrième lieu, l'ancien premier ministre a insisté sur les moyens dont le traité dote la Communauté pour " s'occuper sérieusement de l'environnement et des questions sociales ". Il a souligné que la réduction de la durée du travail " ne peut s'opérer dans un seul pays " et que, si l'union européenne conçue par ce traité ne voit pas le jour, " les difficultés seront aggravées en ce qui concerne la croissance et l'emploi ".

S'adressant en priorité aux électeurs de gauche, M. Fabius a fait valoir que " les risques de nationalisme sont plus forts que jamais ", que la gauche, c'est la volonté de soumettre " une réalité économique et financière à un contrôle social et politique " et que, si l'on regarde hors de France, " tous les partis de gauche, dans tous les pays d'Europe sans aucune exception, ont pris position pour le traité". "Comment peut-on se réclamer de la gauche et tourner le dos à toute la gauche européenne ?" a-t-il demandé.

Je vous jure que je n'ai inventé aucun de ces propos qui sortent tous de la bouche de Laurent Fabius, et il les a tenu devant de nombreux témoins, y compris des journalistes.

Simplement (oui, je le reconnais, il y a un truc), ces propos ont été tenus à l'université d'été du parti socialiste, en août 1992 en Avignon. Le traité dont il parlait était celui de Maastricht, qui créait l'Union européenne et était le grand saut de la Communauté économique en entité politique. J'ai repris les citations de l'article de Patrick Jarreau dans Le Monde daté du 1er septembre 1992, trois semaines avant le referendum. J'ai simplement ôté les références à Maastricht en y substituant "le traité" tout court.

Manip grossière de ma part ?

Pas du tout, car les mêmes arguments sont ressortis aujourd'hui.

Voter oui, ce serait voter Chirac. On disait en 1992 que voter oui était voter Mitterrand, à l'époque au plus bas de sa popularité. Les rôles étaient inversés.

Voter oui ce serait voter oui à l'Europe libérale. Mais une Europe libérale se passerait fort bien d'une entité politique supra-nationale, source de règlementation et luttant contre les concentrations. Le projet d'une "Europe sociale" promue par le PS passe nécessairement par une entité politique européenne, dont la gauche devra prendre le contrôle pour arriver à ses fins. Le traité constitutionnel va vers une Europe plus politique. C'est le moyen indispensable.

L'indépendance de la BCE, tant critiquée aujourd'hui pour sa passivité face à un dollar trop faible, ne posait pourtant pas de problème en 1992, où le dollar était au plus bas (1,33$ pour un euro).

Le traité constitutionnel dote l'Union vise comme objectif la protection de l'environnement et des objectifs sociaux (cf. article I-3, 3°, je souligne :

L'Union oeuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique. Elle combat l'exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l’enfant. Elle promeut la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres.

On est loin de l'ultralibéralisme complaisamment invoqué à la gauche du PS. Certes, l'économie sociale de marché hautement compétitive me laisse aussi songeur que vous.

Mais le coup de pied de l'âne, c'est quand Laurent Fabius affirme que "tous les partis de gauche, dans tous les pays d'Europe sans aucune exception, ont pris position pour le traité" et conclut "Comment peut-on se réclamer de la gauche et tourner le dos à toute la gauche européenne ?"

C'est à ma connaissance également le cas aujourd'hui (j'écarte volontairement l'extrême gauche). Pourquoi diable cet argument, politiquement exact, serait-il vrai en 1992 et faux 12 ans plus tard dans des circonstances somme toute fort similaires ?

Je trouve que Laurent Fabius est ici pris en flagrant délit de contradiction.

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Voici les sites qui parlent de Scoop publius : Fabius se prononce pour le oui. :

Commentaires

Laurent Fabius était ce soir l'invité de France Europe Express, et il faut bien admettre qu'il avait du mal à se sortir de ses contradictions. Il semble accepter que ce traité est meilleur que les anciens, mais cependant, celui ci ayant pour vocation d'être une constitution, il ne peut se résoudre à y accepter des éléments qui ne lui conviennent pas. En gros il ne semble pas prendre en compte que ce texte est le résultat de longues négociations dans une Europe qui n'est pas majoritairement socialiste.

Il a été question de son "changement" de position par rapport aux traités précédents et sa seule réponse, dans le fond, est que ce traité est une constitution et doit donc être traité différement.

PS: ceci étant mon premier message ici, je tiens à vous remercier pour l'initiative de ce blog.

Très intéressant comme article, publié sur un site qui ne l'est pas moins.

Avant de se prononcer sur une constitution européenne, il faudrait commencer par faire un bilan des traités précédents.

En tout cas en lisant les propos de Fabius d'il y a 12 ans, je ne peux m'empêcher d'être sceptique: ce qui a été promis par les partisan du oui à Maastricht n'a guère été réalisé. Pour reprendre la liste de M Fabius:
* où en est le "social" (durée du travail, salaire minimum commun, coordination des politique de prélévement pour éviter le dumping social, etc.)?
* où est l'environnement (par exemple la France continue son délire nucléaire toute seule)?

Certes des progrès ont été fait, en particulier en ce qui concerne l'environnement (je pense aux lois qui concernent la chasse), mais il me semble que, pour schématiser, l'économie a toujours le dessus sur le social.

D'ailleurs que Maastricht a-t-il imposé, à part des règles simplistes (3% du PIB de déficit, etc.)? Ma question est à prendre au premier degré, mon ignorance ne demande qu'à être comblée.

Visiblement, Fabius n'en est pas à une contradiction près.
Dans sa tribune dans Libé, qui faisait suite à celle de François Hollande pour le oui, on peut lire :
"les Eglises, qui se voient placées au coeur de la vie démocratique de l'Union, au même titre que les partenaires sociaux", ce qui me semble une lecture assez originale du préambule de la Constitution. M.Fabius signale que cela pourrait remettre en cause la loi sur les signes religieux à l'Ecole, alors que la Cour Européenne de Justice vient justement de rendre un arrêt, à la demande d'une jeune fille turque, justifiant l'interdiction du voile à l'école.

Un peu plus loin, concernant les votes au Conseil, il reproche au système adopté de donner un poids trop important à la Turquie si ce pays entrait dans l'Europe, ce qui ne manque pas de piquant. Il reproche aussi au traité de ne pas étendre suffisamment les domaines de la majorité qualifiée. Pourtant, en partant de zéro, les progrès sont sensibles!...
Concernant l'indépendance de la BCE qu'il défendait en 92, il nous explique que c'était une condition fixée par l'Allemagne.

Je m'arrêterais là, je vous renvoi à l'article pour juger par vous-même des arguments employés.

PS (sans jeu de mot) : très très bien ce blog!

Laurent Fabius minimise le role du Ministre des affaires
étrangères, c'est quand meme une innovation de ce traité
avec l'élection du président du conseil.
il considére que "le nouveau ministre rique d'etre:
"Monsieur plus petit dénominateur commun".

En cela, je crois que Fabius a raison. Il faut l'unanimité du Conseil pour qu'il puisse agir au nom de l'UE. Après cela semble plus complexe, car une fois le vote acquis, il semble que le Ministre a une marge de manoeuvre assez large. Les décisions prises, dans le cadre du mandat que vote le Conseil, ne sont plus soumises au vote de ce même Conseil (c'est-à-dire soumis à l'accord des Etats de l'Union). Mais bon, il faudra voir ce que cela donne dans la pratique. Comme on dit souvent: "Entre le texte et la pratique, il peut y avoir une différence."

Le mérite principal est que désormais cette fonction existe et fusionne les fonctions de Monsieur PESC et du Commissaire en charge des relations extérieures de l'UE. Plus de cohérence et plus d'efficacité en somme.

Loin de moi l'intention de défendre ici Laurent Fabius, même si je trouve que le débat se focalise un peu trop sur sa personne. Mais, quand même, après tout, un dirigeant politique, y compris ayant exercé l'une des plus hautes fonctions de l'Etat, ne peut-il pas admettre s'être trompé? Pourquoi diable Fabius ne pourrait-il pas, en toute lucidité, faire le constat d'un certain échec d'un combat pour une Europe plus sociale par la voie des traités successifs où le PS est allé de renoncements en renoncements (et je vous invite à reprendre, je l'ai fait par curiosité, la motion de synthèse du dernier congrès du PS et les exigences de son premier secrétaire sur la future constitution, alors encore en travaux, pour voir que les renoncements continuent, sous prétexte de quelques avancées certaines), et en tirer aujourd'hui des conséquences différentes que ses positions dix ans auparavant.

Je me rappelle un certain Lionel Jospin avouant sa naïveté sur le problème du lien entre insécurité et recul du chômage, ou encore plus récemment, Sarkozi sur la situation en Corse. A chaque fois, la même réaction: on les montre du doigt parce qu'ils semblent changer d'avis, évoluer dans leurs positions. Le bon sens populaire dit bien qu'il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis. Tous nos hommes politiques seraient-ils condammés à la connerie perpétuelle?

Je vois d'ici venir le désormais célèbre argument: oui mais ce n'est pas digne d'un homme d'Etat.

S'il fallait faire la liste des retournements de veste de Mitterand ou encore de Chirac tout au long de leur carrière politique, on en remplirait des penderies! Ils sont pourtant devenus des hommes d'Etat, non?

Ou encore celui-ci: mais il le fait par pure tactique, pas par conviction. Pure tactique pour quoi faire? Tout le monde dit que sa position n'est pas digne d'un prétendant aux plus hautes fonctions de l'Etat. Qu'un homme politique respectable ne peut que se prononcer pour cette constitution. Alors elle est où la tactique? Prendre un PS éclaté (car si le non l'emporte, j'ose espérer que DSK et consors ne resteront pas au PS en l'état) et se lancer à la conquête de l'Elysée avec une gauche en lambeaux et des rancunes à fleur de peau?

Toutes ces critiques ne me semblent guère cohérentes, sauf à considérer que Fabius a définitivement sombré dans le côté obscur de la force... est devenu fou quoi!

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