09 mai 2008

Journée de l'Europe

On est le 9 mai. Les bus pavoisent, il fait beau (et en plus je suis de très bonne humeur, avec un mélange de bonnes nouvelles professionnelles et personnelles). Ce devrait être l'occasion de revenir sur deux moments où l'on a parlé du rôle du web dans la construction d'une identité européenne (mercredi, à Lille) ou d'un espace public européen (ce matin à sciences po). Je manque de temps, alors je m'en tiendrai à évoquer quelques images de ces trois derniers jours, qui furent très européens.

Geremek et Rocard, chacun dans leur style, sont de très grands hommes. Encore fantastiquement vifs. Mais la révélation de Lille fut pour moi Martin Hirsch, dont je ne connaissais pas l'historique familial européen (son grand-père, résistant, participa à la création de la doctrine Schuman). Il y avait un air de relève à l'entendre ainsi évoquer ce passé, ces racines, tout en s'impliquant dans les combats d'aujourd'hui. Un juste, ce bonhomme, un pur. J'aime décidément bien (disons que j'ai le sentiment de partager ses choix).

Rocard poursuit son discours relativement défaitiste. L'Europe politique est morte, nous a-t-il répété, n'étant en cela pas surprenant. Ce que j'adore, malgré tout, chez Rocard, c'est qu'il dit honnêtement la déception de son utopie européenne, tout en menant de manière admirable son boulot de député européen, et en s'investissant sur des sujets d'avenir (comme la propriété intellectuelle, récemment). Un homme de vérité, et des paradoxes de qui s'investit dans l'action.

Aujourd'hui, pour la fête de l'Europe, j'ai eu la chance de passer quelques heures dans le salon de l'horloge, celui où est né le projet européen. J'en retiendrai une rencontre, celle d'Abel Farnoux, qui fut compagnon de déportation de mon grand-père. L'Europe est aussi née de ces crimes, pour les dépasser et les rendre impossibles. Il n'est jamais inutile de se le voir rappeler dans des rencontres très concrètes.

Enfin, une anecdote, peut-être futile, mais peut-être un peu symbolique. Hier, les bâtiments officiels (et les bus) pavoisaient en bleu-blanc-rouge, pour le 8 mai. aujourd'hui, ils pavoisent avec le drapeau étoilé également (cela n'a été rendu obligatoire que très récemment). Je me demande : mais pourquoi ne pavoise-t-on pas avec les deux drapeaux, dès le 8 mai, comme pour apporter la réponse et la suite à la commémoration (et en même temps rendre la vie des pavoiseurs - quel beau métier - un peu plus facile) ?

Bonne fête de l'Europe à tous ! Je reviens sur les thèmes de conférence en retour de week-end.

08 mai 2008

Interview de Jouyet par les blogueurs

Alex a mis en ligne qques videos sur la rencontre de Lille. Sur cette video, Jouyet commence par repondre a ma question sur les consequences d'un ''non'' irlandais a Lisbonne. Plus de commentaires + tard: je tape laborieusement ce message sur une sorte de minitel de l'aeroport de Charleroi ou je suis bloqué...

S'enthousiasmer pour une directive

J'entendais ce matin un chroniqueur revendiquant d'ailleurs un rôle réel dans la formation du Traité Constitutionnel, expliquer l'utilité des symboles de l'Union par le fait que les citoyens ne pouvaient s'enthousiasmer pour une directive.

Cette affirmation, évidemment fausse, me semble symptomatique de cet esprit qui a capturé la construction européenne : pour une fraction très significative de ceux qui la font, ou, du moins, croient la faire, la construction européenne (dans laquelle le processus de formation des directives joue un rôle majeur) ne semblerait pouvoir se faire qu'en désenchantant les citoyens.

A l'affirmer haut et fort, en oeuvrant à convaincre de cela, on s'assure d'y parvenir, avec les conséquences qu'on devine.

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07 mai 2008

A Lille !

Grande journée aujourd'hui à Lille : le rendez-vous des européens. J'interviendrai dans la table ronde "internet, vecteur d'identité européenne ?" :

Atelier 6 : Internet, vecteur d’une identité européenne ?

Avec Pierre Mathiot, directeur de l'IEP de Lille,
Alexandre Heully, co-fondateur et directeur de la communication de cafebabel.com,
Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, auteur du blog Les Coulisses de Bruxelles,
Nicolas Vanbremeersch, éditeur de Publius.fr.

Joli plateau de pratiquants du web européen. Je tenterai de ne pas être techno-béat, et de creuser ce que le web change dans la construction de cet espace auquel nous participons.

Vendredi, c'est la fête de l'Europe. J'aurai le plaisir d'intervenir à nouveau sur le même thème devant des étudiants de sciences-po, sur le même thème. Vos bonnes idées sur ce sujet sont les bienvenues.

06 mai 2008

La France et l'Europe peuvent-elles se comprendre ?

Les dernières propositions en date de Bercy concernant la réforme du livret A me semblent témoigner de l'incapacité d'une fraction significative de la haute administration française à comprendre les raisons d'être et moyens de l'Union. A la veille de ce qui pourrait être la dernière présidence française de l'Union, je veux dire, à supposer que la construction européenne se poursuive, je vais me risquer à l'exercice inhabituel d'exposer pourquoi.

En matière européenne, et notamment, en matière d'argent public, l'appartenance à l'Union implique d'accepter quelques principes : ne pas fausser le fonctionnement de la concurrence au sein du marché intérieur, et, pour cela, accepter la transparence de la dépense publique et permettre l'imputation claire des charges et redevances.

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C'est le métier qui rentre

A peine Paris a-t-il rassemblé la presse pour donner le nom de ses favoris pour les postes de haut vol que créera Lisbonne que nos voisins d'outre-manche, toujours si serviables à nous montrer comment employer les affaires européennes avec profit, s'empressent de faire publier dans le journal le Times du jour quelques rumeurs selon lesquelles les choix de Londres n'auraient rien de commun avec ceux de Paris, apparemment jugés trop fédéralistes. J'en entends d'ici s'étrangler.

On admirera la manoeuvre : Londres n'a rien à perdre à être désavoué, mais Paris, lui, joue sa crédibilité à avoir trop pétendu, inévitable conséquence du volontarisme en politique... internationale, vous le noterez, surtout à proposer comme candidat au poste de Président du Conseil un homme qui n'a jamais déclaré être candidat à de plus hautes fonctions d'une part, et qui serait tiraillé entre sa loyauté envers son pays et sa loyauté envers l'europe en acceptant sur les dossiers de l'harmonisation fiscale, la transparence bancaire et la gouvernance de la BCE : rien de moins !

La position de l'Allemagne sera, bien entendu, déterminante. Sur ce point, la chancelière Merkel a été claire : elle aidera la Présidence française de la même manière que la France l'aura aidée durant la dernière Présidence allemande. Manifestement, Paris et Londres n'interprètent pas forcément telle affirmation de la même manière.

Margot Wallström remarquait récemment qu'avec le printemps, revenait dans la presse anglaise la saison des énormités européennes. Comme si l'annonce d'une présidence française assortie d'immense prétentions et d'un grand recrutement ne suffisait pas à éveiller chez les jeunes serviteurs de l'état britannique l'envie d'en découdre et de montrer à leurs aînés en tel service de quel bois jeunesse se chauffe..

Les semaines à venir s'annoncent passionnantes !

(NB: Je recevrai toujours avec le plus grand plaisir toute proposition de collaboration, même éventuellement bénévole et officieuse, en rapport avec les affaires européennes)

Trois cinquièmes

François Hollande nous remémore fort opportunément aujourd'hui que "...on a besoin de l'apport de la gauche pour faire voter la réforme constitutionnelle" et que "le président de la République et le gouvernement ne peuvent pas faire passer la réforme sans une majorité des 3/5eme" du Parlement."

A supposer, comme nous l'expliquait récemment la Commission Européenne, que le traité de Lisbonne ou, plus exactement, le procotole annexe relatif aux services "d'intérêt général" mène à la soumission aux règles du marché intérieur de certains services publics locaux, il sera toujours temps de remémorer aux dirigeants du parti socialiste de 2007-2008, à peu près tous candidats au post de François Hollande, cette évidence à l'occasion des prochaines échéances électorales. On se souviendra à ce sujet avec profit de Ségolène Royal nous expliquant que si par malheur le Traité Constitutionnel n'était pas voté, elle serait sans doute obligé de privatiser les cantines scolaires : l'histoire lui donnerait alors raison de bien curieuse manière.

02 mai 2008

Rendez-vous des Européens

Rendez_vous Cela n'a sans doute pas échappé à certains mais touteleurope.fr organise un "Rendez-Vous des Européens," à Lille mercredi prochain.  Ca se veut interactif, avec des " Ateliers d'échanges et de partage d'expériences animés par des personnalités."  On aura droit à un mini-gouvernement puisque presque tous les ministres seront présents: Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch, Xavier Darcos et Rama Yade. Certaines personnalités incontournables feront aussi le déplacement dont Michel Rocard, Daniel Cohn-Bendit, Bronisław Geremek... Et plein d'autres, la liste complète: c'est par ici. Notons tout de même que Philippe Starck fait la clôture: est-ce que cela veut dire que l'on va nous dévoiler le logo l'identité visuelle de la Présidence du Conseil par la France? Bref, j'y serai. Si des lecteurs/contributeurs de Publius sont dans les parages, je serais heureux de vous rencontrer. Si vous ne pouvez pas faire le déplacement, l'évènement sera retransmis sur Public Sénat.

28 avril 2008

L'harmonisation fiscale est-elle réalisable ?

L'avocat général de la Cour de Justice des Communautés Européennes livrera le 8 mai ses conclusions sur une plainte émise par la région espagnole de la Rioja, voisine du Pays Basque, pour concurrence fiscale déloyale. En effet, le Pays Basque offre aux entreprises un taux d'impôt sur les sociétés très inférieur à celui que le gouvernement espagnol fixe pour la région de Rioja, soutenue dans cette affaire par le région de Castille-Leon et la Cantabrie, en vertu de l'indépendance financière et fiscale presque complète qu'a obtenu le Pays Basque en 1981.

C'est donc sous le regard certainement très attentif de la Commission Européenne que la Cour se prononcera sur la possibilité dont dispose le gouvernement d'un état-membre de l'Union de laisser ses régions fixer leur fiscalité, ce qui intéressera certainement également les gouvernements britanniques, belges et italiens.

25 avril 2008

Services publics, Europe, écologie, et opportunités de profit

Une simple citation à mon avis éclairante sur les relations entre la construction européenne, les services publics, l'écologie, l'économie, et notamment l'économie dite solidaire ou écologique de marché :

"...l'autre thème très intéressant, et sur lequel je vois de forts potentiels de croissance, c'est celui des changements règlementaires, dont ceux imposés par Bruxelles et qui concernent, par exemple, le traitement des déchets ou les économies d'énergie. Ce sont ces services de collectivités qui font le traitement des déchets. La valorisation des déchets est également à retenir, celle-ci offrant une ligne de chiffre d'affaires additionnelle. De ce point de vue là, A2A possède certains atouts, dont une petite société qui dispose de plusieurs brevets en terme de valorisation énergétique. C'est un secteur que je suis de très près."

Exceptionnellement, je ferme les commentaires pour éviter la dispersion d'un débat qui mérite mieux que de s'éparpiller entre de trop nombreux articles. En contrepartie de quoi je vous épargne mes commentaires trollesques de cette unique citation.