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Statistiques


05 juillet 2009

Taxe carbone : une occasion rare passe

On peut ou non soutenir le principe d'une taxe carbone. Mais, généralement, l'électorat vert, auquel s'adresse particulièrement ce billet, soutient et connait ce procédé.

La Suède, devenue présidente de l'Union au début du mois, a toujours été le seul état membre de l'Union prêt à soutenir en nom propre l'idée d'une taxe carbone harmonisée dès sa création à l'échelle européenne : le graal du vert pro-européen.

En Europe, on le sait, la Commission a l'exclusivité des initiatives : ce n'est donc que d'elle que pourrait provenir le détail d'une telle proposition. Et pour que celle-ci entre dans l'agenda européen, il faut que la Présidence (tournante) du Conseil l'y inscrive.

Autrement dit, c'est précisément alors que le seul état européen prêt à prendre le risque politique d'une taxe carbone est à la Présidence de l'Union que les verts européens, menés par Cohn-Bendit, décident de retarder la mise en place de la Commission Européenne sans laquelle une telle proposition n'a aucune chance d'aboutir.


Même s'ils avaient souhaité faire mieux, les grands industriels allemands et français, farouchement opposés au principe d'une telle taxe, n'y seraient pas parvenus. Quand aux libéraux, partisans des marchés de droits à polluer (par opposition aux taxes carbones), et soutenus sur ce point par l'industrie de la finance (qui voit dans le marché des droits à polluer des sources de profit dont la simple mise en place de taxes les priverait), on ne voit vraiment pas ce qu'ils pourraient trouver à redire à la manoeuvre.

02 juillet 2009

La question du jour

C'est Greenpeace qui la pose : en ces termes


"Comment l'EFSA peut-elle donner un avis positif sur la réautorisation du MON810, alors qu'elle reconnaît elle-même être dans l'incapacité d'évaluer correctement les impacts à long terme des OGM ?"


C'est en réalité fort simple : bien que parfaitement incapable d'analyser le risque qu'elle a pour mission d'évaluer, l'EFSA n'est aucunement responsable de ses avis. Si, par exemple, les membres de l'EFSA étaient responsables sur leurs deniers d'éventuelles conséquences fâcheuses de la mise en oeuvre de leurs décisions, il en serait peut-être autrement.

Irresponsable : c'est aussi le mot qui vient à l'esprit pour évoquer le comportement des socio-démocrates allemands semble-t-ils tentés de repousser aussi longtemps que nécessaire la mise en place de la Commission Européenne, c'est à dire, le gouvernement européen : ce sans quoi l'Europe se résumera, en gros, à des négociations inter-gouvernementales. Pour des élus ayant fait compagne sur le thème de la construction européenne, la chose ne manque pas de sel.

Irresponsable : c'est aussi le mot qui vient à l'esprit en prenant connaissance du fait que les meilleurs experts, nationaux et européens, des administrations compétentes, ont semble-t-il omis de constater que les auto-évaluation de la toxicité de ses produits pesticides vedettes, la firme Monsanto a semble-t-il omis d'évaluer la toxicité du mélange des produits qu'elle réalise pour fabriquer son Round'Up. Le plus amusant de l'affaire est que, désormais, l'argument commercial majeur pour la vente de cet herbicide est la plus grande efficacité du mélange particulier par opposition aux simples solutions vendues sous diverses appellations génériques dans le commerce : et c'est donc précisément cette innovation majeure qu'on oublie d'évaluer, sans que les administrations de contrôle ne s'en rendent compte.

Voilà donc identifié l'un des principaux apports de l'Europe à la croissance, mère de la prospérité, grand-mère du bonheur : la fourniture d'un service organisé d'irresponsabilité complétant utilement cette saine indifférence au destin de son prochain qu'implique la participation de chacun à la compétition économique, sans laquelle, pauvres de nous, nous redeviendrions sans doute égaux au reste de la planète.

Permettez-moi alors de me joindre au choeur des affamés de ce monde pour souhaiter à ceux qui mangent : bon apétit !

30 juin 2009

Interview de José-Manuel Barroso

Rares sont les journaux français à ouvrir leurs colonnes au Président de la Commission Européenne. Il faut donc apprécier pour sa rareté cette interview, publiée par le journal "La Tribune",qui se distingue de plus en plus souvent par la valeur de ses articles traitant d'Europe.

Je retiens notamment cet exposé de la "méthode Barroso" :

Nous avons réussi à démontrer qu'il est possible de fonctionner à vingt-sept. Pour cela, il faut effectivement ce que certains appellent une autorité présidentielle forte. Pas en termes personnels, mais en termes fonctionnels, c'est indispensable pour garantir la collégialité. Sinon, chaque commissaire aurait une tendance naturelle à suivre sa Direction générale, à aller vers ce pouvoir bureaucratique que nous voulons éviter, mais aussi, à céder à l'esprit de clocher.

Si les réunions durent moins longtemps, c'est aussi qu'elles sont mieux préparées. Cependant, jusqu'à présent, nous avons pris les décisions par consensus. Je n'ai rien contre le vote démocratique mais c'est important d'éviter une fragmentation de la commission entre droite et gauche, entre pays du Nord et du Sud, nouveaux membres et membres plus anciens .


On est loin de la langue de bois !

L'Allemagne devra légiférer pour ratifier Lisbonne

De source encore officieuse à cette heure, la Cour Constitutionnelle allemande demande à ce que la loi allemande garantisse explicitement les droits du Parlement allemand avant que ne soit ratifié le traité de Lisbonne.

Le plus évident impact de cette nouvelle est que les socio-démocrates allemands ne pourront plus guère proposer de différer la nomination du Président de la Commission Européenne et devront certainement prendre position pour ou contre José-Manuel Barroso avant les élections générales allemandes

Add. 13h20 : Les socio-démocrates allemands viennent par ailleurs d'annoncer espérer voir une telle loi votée d'ici fin août.

25 juin 2009

Et maintenant, l'Europe sociale !

C'est à une très large majorité que les députés européens auront convenu d'harmoniser, et par le haut les revenus d'une certaine catégorie de citoyens de l'Union : les élus européens eux-mêmes.

Voilà qui devrait redonner espoir aux autres citoyens européens qui attendent sans nul doute d'être eux aussi mis sur un pied d'égalité salariale dans l'Union.

Pour être tout à fait honnête, il y a bien quelques perdants dans l'affaire : en l'occurrence, les élus italiens. Mais ceux-ci conserveront leurs avantages jusqu'en 2014 : autrement dit, pour la prochaine législature, et l'éventuel renouvellement de leur mandat.

Je dois ici en convenir : oui, l'Europe sociale est possible, comme nous le montre le Parlement Européen. Sachons profiter de l'excellente disponibilité dont sauront faire preuve nos élus grâce à leur tout nouvel équipement d'aqua-gym pour le leur remémorer régulièrement.


24 juin 2009

Le social et le developpement durable, grands incompris de l'Union

L'Union Européenne se distingue aujourd'hui en s'associant à la plainte déposée par les USA à l'OMC pour reprocher à la Chine de restreindre ses exportations de matières premières.

Autrement dit, ce que l'Union reproche à la Chine est de ne pas vendre ses matières premières assez peu cher et en assez grande quantité à ses concurrents.

L'Union fait ici fi d'un détail important : l'industrie minière chinoise est un instrument majeur d'aménagement du territoire et fournit nombre de ses fameux emplois peu qualifiés que nous avons laissé partir d'Eurpe qui se révèlent si utiles pour fournir un rôle à ceux de ses concitoyens peu à même de contribuer aux activités sophistiquées de l'économie la plus compétitive du monde qu'aspire à devenir l'Union.

Les matières premières ont l'intéressante caractéristique de se stocker généralement aisément : la Chine fait dont le choix de ne pas réduire ses capacités de production de matières premières, ne voyant pas de raison de faire porter aux travailleurs chinois les conséquences du récent creux qui semble vivre l'économie conçue par ses partenaires commerciaux d'occident. Plutôt que d'emprunter ou au contraire chercher à présenter des bilans financiers flatteurs pour les investisseurs (que l'INSEE identifient désormais comme appartenant très majoritairement aux plus hauts revenus en France), la Chine préfère stocker des matières premières et, ce faisant, évite un drame social, plutôt que de les laisser là où elles sont et où on ne lui reprocherait pas de les y laisser : dans le sol.

Rien que la gloutonne Europe, pacte social construit sur l'ivresse de la consommation et les sophismes de composition, ne puisse manifestement comprendre : gageons cependant que le spectacle des atermoiments et de la désunion des occidentaux ne confortent plus encore les chinois que le simple cours des évènements sur la supériorité de leur modèle de société sur ce qu'il faut bien nommer le nôtre, surtout si l'on considère à quel point les logiques policières et de contrôle des populations chinoises semblent désormais inspirer les politiques européennes de sécurité intérieures.

23 juin 2009

Le nouveau Ministre des Affaires Européennes

Le choix de Pierre Lellouche comme nouveau ministre des affaires européennes de la France est certainement significatif d'une probable évolution à venir des relations entre la France et l'Union.

Spécialiste des question de défense, signalé au sein de l'UMP pour avoir farouchement critiqué la position attentiste de la France vis à vis de l'invasion américaine de l'Irak et de l'Afghanistan, Pïerre Lellouche s'est récemment distingué en s'interrogeant, de manière d'ailleurs assez sensée, pour savoir pourquoi l'Union Européenne et la Commission Européenne disposaient chacune de leurs représentations diplomatiques à Kaboul. Pierre Lellouche aura aussi été de ceux qui inspirèrent les positions françaises marquées, et donc, non concertées avec l'Union, sur la Géorgie, l'Ukraine ou la Biélorussie, dossiers centraux dans la définition d'une certaine politique vis à vis de la Russie. On ne s'étonnera alors pas de ses positions particulièrement bienveillantes envers la politique intérieure et étrangère israëlienne.

Pierre Lellouche est également l'un des rares politiciens français à s'être interrogé sur les motivations de la Commission Européenne à organiser récemment à Bruxelles une réunion à vocation inter-gouvernementale avec les dirigeants pakistanais en tenant à l'écart les représentants des états membres de l'Union.

Pierre Lellouche est également l'auteur remarqué, dès 2000, de l'unique à ma connaissance rapport officiel sur la prolifération des armes de destruction massives.

Enterrement de première classe pour la politique économique européenne

Certains auront remarqué à quel point l'Europe aura été absente du récent discours de politique générale du Président Sarkozy. A s'en fier au qualificatif d'historique que lui donne la presse, il convient alors de se poser la question de savoir comment cette ligne politique générale s'insère dans la logique d'ensemble des pays de la zone Euro, et notamment, nos principaux partenaires commerciaux au premier rang desquels l'Allemagne.

Hélas, vous ne trouverez guère dans la presse française de commentaires sur les annonces de politique générale allemande et pour cause : ceux-ci s'orientent désormais à l'exact opposé des choix français. Là où Angela Markel fait le choix de la maîtrise des dépenses et du maintien de la crédibilité de la monnaie et de l'action publique, Nicolas Sarkozy annonce sans complexes souhaiter augmenter les dépenses sans augmenter pour autant les recettes, laissant à ses successeurs le soin de s'accomoder de la facture.

Il est alors temps d'en prendre conscience : l'Europe est un mécanisme de régulation de telles divergences. En effet, il revient à chaque état, autonome dans sa politique économique, de trouver sur les mêmes marchés auprès des mêmes investisseurs les moyens, et notamment, les financements de son action : ou, plus exactement, un taux d'intérêt acceptable pour financer ses projets. C'est donc sur la différence entre le taux auquel empruntera la France et celui auquel empruntera l'Allemagne qu'on mesurera l'opinion de tout un chacun sur les stratégies désormais très divergentes menées d'un côté par le France, de l'autre, par le moteur de l'économie européenne réelle.

19 juin 2009

Importante victoire des eurosceptiques au Conseil

La chose a été assez répétée : l'Union Européenne telle que semblent la souhaiter les partisans de la poursuite de sa construction exige une Commission Européenne forte et donc, un Président de la Commission Européenne fort et notamment, à même d'imposer ses vues au Conseil.

Il ne me semble donc guère étonnant que Nicolas Sarkozy, dont la sympathie pour une certaine europe des nations ne s'est guère démentie ait trouvé en les écologistes menés par Daniel Cohn-Bendit un allié de poids en faveur de la fragilisation de l'actuelle Europe.

Ce qui me semble plus étonnant, c'est qu'au sein de l'électorat vert, particulièrement instruit, personne n'ait semblé comprendre qu'à défaut de proposer une alternative crédible et visible à la candidature de Barroso, toute l'agitation qu'on pouvait faire pour dénoncer son bilan ne pouvait guère que contribuer à renforcer le pouvoir du Conseil sur la Commission. Mais pour ma part, je reconnais tant à Cohn-Bendit qu'à José Bové bien assez d'habilité en politique pour savoir mener leur barque quelle que soit l'issue de leurs manoeuvres. L'objectif qui les unit est de diminuer la capacité de nuisance du tandem constitué par la Commission et le Conseil, tandem qui est à l'origine d'à peu près tout ce que les citoyens rejettent de l'Europe. Mais à cet instant, la conséquence de leurs manoeuvres est surtout de renforcer la position du Conseil.

Si José Manuel Barroso se demande aujourd'hui où il en est, peut-être peut-il s'interroger sur les raisons qui font qu'encore aujourd'hui, la Commission Européenne refuse d'envisager l'interdiction de culture des OGMs pourtant demandée par 11 pays européens.

18 juin 2009

Distinguer la posture de l'action

Il y aurait une certaine contradiction à, d'un côté, affirmer que l'Europe n'agit pas assez face à la crise financière, et, de l'autre, priver l'Europe de l'organe qui a le monopole des initiatives européennes, c'est à dire, d'une Commission Européenne plénipotentiaire.

Nous l'avions déjà remarqué : une Europe opérationnelle est une Europe qui dispose d'un Président de la Commission Européenne fort. Les incessantes initiatives françaises, dont la récente signature d'un traité de défense avec les Emirats, ne seront d'ailleurs pas les moindres obstacles à quelques initiatives européennes dans quelques secteurs que ce soit.

Alors, autant on peut effectivement regretter le manque d'initiatives de la Commission Européenne, autant on peut constater qu'il est heureux pour le gouvernement français qu'elles n'existent pas, celles qui pourraient alors être prises ne pouvant guère que contredire et discréditer les initiatives françaises, dont les directions échappent manifestement à toute analyse.

Pour cette raison, la France de Nicolas Sarkozy ne saurait s'accomoder d'un Président de la Commission plus ambitieux pour l'Europe que José-Manuel Barroso.